Jour 73 à 76 : Histoires d’eaux…

Jeudi 20 avril :

J’ai vu sur le plan qu’il y a un lac pas trop loin de la Guesthouse. Je décide donc d’y aller tranquillement à pied. Je prends mon maillot de bain dans l’espoir d’une petite baignade. Sur ma route je croise un arbre fruitier que je n’avais encore jamais vu avec des petits fruits jaunes/rosés. C’est seulement quand j’aurais accès à internet que j’apprendrais que ce sont des jamboses, ou jamalacs, ou rose apples. Visiblement ils ne sont pas mûrs, d’où leur couleur. A maturité ils seront plus rouges. Le trajet n’est pas vraiment intéressant, le long d’une grande route très large, mais peu fréquenté heureusement. Une belle surprise cependant avec un joli parc/aire de jeux pour enfants.

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Le lac est immense mais aucune possibilité de baignade, ni même de s’approcher jusqu’au bord de l’eau. La végétation est dense autour, en pente assez abrupte…

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Je me contente donc de me promener autour, sous une chaleur moite accablante. Je passe alors devant un complexe hôtelier plutôt plaisant, par curiosité j’entre y jeter un œil. Je vois un panneau indiquant la direction de la piscine. Je décide d’aller voir. En effet, une magnifique piscine n’attend que moi puisque l’endroit semble totalement désert. Je commence à me déshabiller quand 2 employées passent justement par là et me demandent si je suis cliente de l’hôtel. Je réponds honnêtement que non, elles me disent alors que je dois payer 5$ pour profiter de la piscine. Ça me semble bien trop, j’essaie donc de marchander. Rien à faire, elles n’en démordent pas, moi non plus. Je me rhabille pour partir. Je vois alors les affiches qui mentionnent bien que le tarif pour les extérieurs est de 5$. Alors que j’allais sortir de l’enceinte de l’hôtel, trempée de sueur, et rêvant de cette baignade, je suis prise de remords, et reviens sur mes pas. Pas de traces des 2 filles. Tant pis, on verra bien. Je me mets donc en maillot et plonge avec délice dans le bassin. Elle est excellente, juste un fraîche comme il faut. Je savoure ma baignade quand une autre employée arrive. Même topo, elle me demande si je suis cliente, je lui réponds que non et que je suis au courant que je dois payer. Je sors de l’eau, prête à lui donner les 5$ réclamés, mais je tente à nouveau ma chance en lui faisant remarquer que c’est cher d’autant qu’il n’y a strictement personne et qu’on est en saison basse. Après une petite moue d’hésitation, elle me dit que c’est bon si je donne 3$… Eh ben voilà !

Je passe un délicieux moment à me prélasser sur les transats à l’ombre entre 2 baignades. Je rentre tranquillement à la guesthouse. Les autres hôtes sont tous là aussi. Mr Puthea n’a pas envie de ressortir pour nous emmener dîner et propose donc de nous prêter ses scooters. Nous déclinons et  préférer aller à pied ensemble. Soirée sympa et petit tour au marché de nuit avant de rentrer.

Vendredi 21 avril :

Tous les autres clients sont partis ce matin et je suis donc la seule hôte de la guesthouse maintenant. J’ai convenu avec Mr Puthea qu’il m’emmène en ville pour louer un scooter, je veux pouvoir aller explorer les environs en autonomie, notamment aller jusqu’aux chutes d’eau à quelques kilomètres. Ceux de la guesthouse ont des vitesses, or je préfère essayer un automatique. Quand nous arrivons chez le loueur il me demande si j’en ai déjà conduit. (c’est Mr Puthea l’interprète). Je réponds honnêtement que non. Il dit alors qu’il ne veut pas m’en louer. J’insiste en lui demandant de me laisser au moins essayer. Il finit par céder et je pars dans la grande rue qui passe devant le magasin. Je suis évidemment hésitante sur les 1ers mètres, le temps de doser l’accélération, mais me sens vite à l’aise. Je fais donc ½ tour très prudemment (limite au ralenti) et je reviens au magasin, prête à confirmer que je le prends pour 3 jours. Mais mauvaise surprise, il est resté sur sa position et refuse catégoriquement de me le louer. Mr Puthea me dit que c’est parce que les chemins que je veux prendre sont trop dangereux, bien plus que la route sur laquelle j’ai fait l’essai. Je suis très très déçue. Du coup il me demande si je veux louer un vélo – nous avions évoqué cette possibilité le soir de mon arrivée. Non pas pour aller dans la montage, mais au moins pour pouvoir me déplacer facilement autour de la guesthouse qui est vraiment excentrée. Je lui dis que oui, et il me dépose dans un magasin, me demandant si je connais le chemin pour rentrer. Pas de soucis, je sais où nous sommes. Il repart donc directement. Nouvelle déconvenue : les vélos ici sont seulement à vendre, pas à louer. J’ai beau insister en demandant s’il n’y a pas d’autre endroit où je peux en louer, on me répond non. Cette fois j’enrage, j’en pleurerais de déception et de colère. En rentrant à pied, alors que je suis partie en tongs, sans chapeau, sans eau et qu’on approche de midi, j’ai le temps de me calmer et de prendre les choses avec philosophie…

A mon retour, après un coup de fil, Mr Puthea me dira finalement que le magasin n’en loue plus parce qu’on arrive à la saison des pluies… Tant pis pour moi.

Du coup je reste à la Guesthouse et je passe du temps à jouer avec le petit garçon de la maison. Il ne parle pas anglais mais se fait très bien comprendre en me faisant des signes, des grimaces, des cris, et réussit même à me faire comprendre les règles des jeux qu’il invente.

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En fin de journée un ami vient rendre visite. Je suis dans ma chambre mais ma porte est ouverte. Il m’interpelle en français. Polie, je sors lui dire bonjour. Il entame la conversation dans un français plus que convenable. Il est professeur d’anglais ici à Banlung et a appris le français avec son père qui a fait ses études en France. Il me demande si je veux boire une bière avec lui. J’accepte et Mr Puthea se joint à nous. Le reste de la conversation se fait donc en anglais.

Le soir, comme je suis maintenant seule cliente, Mr Puthea me dit que je peux avoir un repas à la guesthouse. Ça m’arrange de ne pas avoir à ressortir, d’autant plus qu’un orage éclate, avec de nombreuses coupure d’électricité tout au long de la soirée.

Samedi 22 avril :

A défaut de pouvoir partir seule explorer les environs, j’ai réservé une journée en scooter avec Mr Puthea qui est aussi guide. Je souhaite aller voir les 2 cascades dans la montagne, un village de minorités ethniques, et le lac Yak Loum, cratère d’un ancien volcan.

Dès que nous quittons la route principale, je comprends le loueur de scooter, et à quoi j’ai échappé. Déjà en passagère je ne suis pas fière, alors pilote, je n’ose même pas y penser. C’est sûr que j’aurais fait demi-tour. Le chemin de terre est caillouteux, plein de trous, de bosses, à d’autres endroits c’est de la boue, ou au contraire du sable. Le moindre autre 2 roues que nous croisons soulève une poussière affreuse qui nous plonge un instant dans un brouillard rouge.

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J’avoue que j’ai hâte d’arriver car si au début je trouve ça drôle, ça devient vite fatigant aussi et mon dos n’apprécie pas du tout… Heureusement le magnifique paysage détourne mon attention de la route parfois réellement inquiétante.

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La première cascade n’est heureusement qu’à une dizaine de kilomètres. Sur place, c’est superbe. Je me baigne dans une eau délicieusement rafraîchissante. Je nage même jusque sous la cascade pour une douche vivifiante.

3 ou 4 personnes sont là seulement dont une dame qui engage la conversation en anglais avec moi. Elle m’explique qu’elle a quitté le Cambodge pour les Etats-Unis il y a 40 ans et qu’elle est là pour 2 mois de vacances. Le Cambodge ne lui manque pas parce qu’il y fait trop chaud me dit-elle. Elle vit à San Francisco et préfère le climat là-bas.

Après cette pause, je remonte sur le scooter et nous nous arrêtons dans un village, qui n’est en fait qu’un groupe de maison en bois sur pilotis.

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C’est très calme et je crois dans un premier temps qu’il n’est pas habité. Mais si, nous voyons d’abord un homme qui nettoie les poissons qu’il vient de pêcher.

Puthea engage la conversation avec lui. Il a aussi pêché une tortue qui va finir en soupe.

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Puis d’autres personnes sortent des maisons et viennent nous voir. Une femme nous rejoint et on dirait bien qu’elle a un énorme pétard à la bouche. Je ne sais pas ce qu’elle fume en réalité, et je n’ose pas vraiment poser la question.

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Une trentaine personnes vivent ici, isolés, Mr Puthea me dit à quelle ethnie ils appartiennent mais je n’ai pas retenu leur nom… (mémoire de poule)

Nous reprenons la route en direction cascade suivante. L’accès se fait par un pont de singe.

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C’est superbe. Des enfants sont là qui se baignent et ramassent je ne sais quoi dans l’eau.

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Je ne perds pas de temps et vais dans l’eau moi aussi. Dans l’entrefait, tous les enfants s’en vont, et je reste seule dans cet endroit incroyable. J’y reste un bon moment, alternant les bains et l’exploration de la jungle environnante.

Enfin notre dernière étape est le lac Yak Loum. Changement de registre. Ce lac aménagé est très fréquenté par les locaux. On est samedi et beaucoup de cambodgiens sont là en famille. Comme nous ne sommes qu’à 5km de Banlung, j’ai proposé à Mr Puthea qu’il me dépose et revienne me chercher d’ici 2 ou 3 heures plutôt que de m’attendre. Nous convenons que je lui envoie un sms quand il devra revenir me chercher.

Il n’y a quasiment que les enfants qui se baignent, avec des gilets de sauvetages en guise de bouées.

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Quelques rares adultes sont dans l’eau, dont des femmes toutes habillées. Un photographe propose aux fillettes de revêtir une tenue traditionnelle pour des photos souvenirs imprimées sur place.

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Je trouve un endroit un peu protégé des regards pour me mettre en maillot et me baigner. Je ne veux surtout pas me faire remarquer ou choquer. Déjà que je suis la seule occidentale ici, et que, même habillée on m’observe avec intérêt ou amusement… Une vieille femme vient même se planter en face de moi pour mieux me regarder et finit par s’asseoir à quelques centimètres de moi, sans me lâcher des yeux. Nous échangeons des regards complices et je lui demande si je peux la photographier, elle accepte avec le plus grand sérieux avant que sa famille ne vienne la rejoindre.

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Après m’être baignée, je pars sur le chemin qui semble faire le tour du lac. Tout le long, il y a des cabanes dans lesquelles sont installées des nattes au sol, et des hamacs.

Les familles s’y installent pour pique-niquer. Plus loin, un groupe de pique-niqueurs installés eux au bord de l’eau font un karaoké. Je m’arrête pour regarder et écouter en souriant.

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Le chanteur me voit, et avec le micro me parle en anglais et m’invite à les rejoindre et à chanter une chanson à mon tour. Je décline en riant. Puis ce sont deux vieux messieurs qui jouent de la musique traditionnelle que je croise.

Quand je décide de repartir, c’est un flot continue de familles avec glacières qui arrive. La fin de journée au lac va être très animée.

La déception d’hier est bien loin, et est largement compensée par l’excellente journée que j’ai passée à découvrir de superbes décors naturels, autant que les habitudes des cambodgiens. Et pour finir en beauté, le coucher de soleil sur la guesthouse est sublime ce soir.

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Dimanche 23 avril :

Vers 16h je pars en ville pour aller m’acheter à manger pour le trajet de demain puisque je pars pour Phnom Penh.

J’arrive au marché et me ballade un peu quand le ciel s’obscurcit. Je vois tous les vendeurs commencer à ranger leurs étals, à sortir les bâches, à replier.

Le vent se lève. Un orage magistral éclate. Il pleut à torrent. Heureusement j’ai aussitôt trouvé abri devant un magasin où des enfants sont en train de jouer. Dès qu’ils me voient ils vont me chercher une chaise et me disent de m’installer. Une des petites filles parle un peu anglais et est ravie de me demander mon nom et d’où je viens.

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Elle traduit pour les 3 femmes qui sortent pour me voir de plus près. L’orage redouble. Tout-à-coup, tout le monde se met à crier, à rire, à courir dans tous les sens et à montrer du doigt le trottoir. Je ne comprends pas ce qui se passe. Une des femmes me prends la main et me demande de m’approcher pour voir ce qu’elle me montre : des grêlons ! énormes ! Les enfants sont comme fous.

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Complètement excités. Tout le monde rit aux éclats, essaie d’attraper les grêlons. Ils vont même chercher une tasse et chacun vient la remplir avec les grêlons ramassés.

Enfin au bout d’un moment ça se calme. Il arrête même de pleuvoir. Je sors quand même ma cape de pluie que, prévoyante, j’ai toujours dans mon sac, et je prends le chemin du retour alors que la nuit commence à tomber.

De véritables rivières coulent le long de la route. Je suis chaussée avec mes tongs en cuir et mes pieds glissent horriblement à l’intérieur. J’essaie de marcher pieds nus dans l’eau mais il y a trop de cailloux et de déchets le long des routes ici. J’y vais donc très prudemment. J’ai environ 3km à parcourir et à Banlung pas de tuk-tuk taxis qui circulent… Dommage, pour une fois, j’aurais été ravie d’entendre un « tuk-tuk Lady ? » Il fait maintenant totalement nuit, il recommence à pleuvoir légèrement, rien de méchant. Sur la route, je constate les dégâts que l’orage violent a provoqués. Des poteaux sont tombés, d’autres tordus, il y des branches partout. Je dois vraiment regarder où je mets les pieds. Je sors mon téléphone pour me guider et m’assurer de prendre le bon chemin. A un moment je suis contente de marcher sur un semblant de trottoir en ciment. Manque de chance, à un carrefour, devant un « restaurant » de rue, il s’arrête brutalement. J’avance doucement le pied pour en descendre dans la petite flaque qui s’est formée devant. Et là, catastrophe ! La petite flaque est en fait un trou d’une bonne trentaine de profondeur sur un mètre de long au moins.

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J’entends crier à côté de moi, trop tard ! Comme dans un film au ralenti, je sens le vide (enfin l’eau) sous mon pieds mais je bascule et m’étale de tout mon long dans l’eau. Un bain d’eau boueuse ! Les gens du restaurant se précipitent pour m’aider, catastrophés. Ils vont me chercher des serviettes en papier, s’inquiètent de savoir si je suis blessée. Ça a l’air d’aller. Ce qui m’inquiète vraiment le plus à ce moment c’est mon téléphone, mon bel Iphone auquel je tiens ! Je suis persuadée qu’il ne peut pas se remettre d’un tel bain. Je l’essuie donc en priorité (de toute façon, pour moi, il n’y a rien à faire). J’enlève la coque et essuie tout soigneusement. Il semble que la coque en silicone l’ait vraiment bien protégé. Il fonctionne toujours, même l’appareil photo ! Sur ce coup là je crois que j’ai vraiment de la chance quand même. Je reprends donc ma route, plus très longue maintenant, ruisselante, et ridicule surement.

En arrivant à la guesthouse, après que j’ai raconté mon aventure, ma priorité est la douche, surtout quand à la lumière je découvre la couleur de mes vêtements après ce plongeon impromptu. Je m’aperçois aussi que j’ai finalement bien mal à mon poignet gauche et qu’il est enflé. Ça sent l’entorse… baume du tigre et bandage un peu serré pour la nuit et on verra demain. Si nécessaire, j’irai consulter à Phnom Penh.

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