Jour 32 à 33 : Bienvenue au Pays du sourire !

Dimanche 12 mars :

« Make your life a dream and your dream a reality, make your life a dream and your dream comes true » me dit la voix qui me tire de mon rêve à 5h45 ; c’est celle de Kaddy and the Keys, groupe havrais qui m’accompagne dans ce périple et dont j’ai choisi cette chanson en sonnerie de réveil. Pas de temps à perdre, douche rapide, bouclage du sac, petit-déj rapide – j’ai vraiment bien fait de m’acheter mon petit thermoplongeur en Inde, paiement de ma note à Little Eden. Comme convenu, à 7h, je suis au bord de la route principale et j’attends le mini-van qui doit dans un premier temps me faire prendre le ferry, puis me conduire jusqu’à la frontière cambodgienne, où un bus doit prendre le relai jusqu’à Siem Reap (ville où sont les temples d’Angkor).

Le mini-bus arrive avec plus d’un quart d’heure de retard et roule comme un fou pour être sûr d’être à l’heure pour le premier ferry de la journée. 2 allemandes sont déjà dans le bus et nous nous arrêtons pour prendre d’autres passagers à leurs hôtels. Nous arrivons à l’heure quasiment directement pour embarquer. Une fois sur le continent environ 3 heures de route nous attendent jusqu’à la frontière de Poipet. Nous roulons avec un autre mini-van parti en même temps que nous avec à son bord des jeunes russes et un lituanien. Une petite pause toutes les heures, parfait. Et aux environs de midi, alors que la frontière est annoncée à quelques kilomètres, les mini-vans bifurquent et se garent sur le parking d’un restaurant. Là un homme passe sa tête et nous explique que nous devons descendre avec toutes nos affaires, et que son bus va nous faire passer la frontière et nous conduire à Siem Reap.

Pour m’être beaucoup documentée auparavant je sais à quel point ce passage de frontière peut s’avérer difficile. Des arnaques bien ficelées aux bakchichs à donner aux douaniers du poste frontière. J’ai donc assuré le coup en faisant un e-visa par internet. Je ne dois donc pas avoir un seul bath ou dollar à sortir. Ce qui m’inquiète plus c’est le billet de transport. Je n’avais qu’un vague reçu remis par l’agence avec laquelle j’ai réservé, sur lequel il n’était inscrit que mon nom, la date du trajet et « one-way Siem Reap » avec le prix payé (quand j’étais allée me renseigner on m’avait d’ailleurs annoncé 800 Baths, ce qui me semblait normal, et quand je suis allée réserver, on m’a dit 600 baths… J’ai eu de la chance, pour une fois que c’est dans ce sens…). Aucune mention de nom de la compagnie de bus ou autre. Et ce ticket, c’est le chauffeur du mini-van qui me l’a pris et l’a gardé. Quand je descends, je n’ai donc aucun document disant que j’ai payé un transport jusqu’à ma destination finale. Là plusieurs hommes nous prennent à part, par petits groupes en nous expliquant que pour nous faciliter les choses, ils vont s’occuper de nos visas. Ils annoncent les tarifs, en dollars et en baths, et je vois les passagers se décomposer. J’annonce aussitôt que j’ai déjà mon visa, et là un sourire charmeur s’affiche sur le visage de mon interlocuteur, qui me dit que c’est parfait, il aura moins de travail et me donne juste une petite fiche à remplir pour l’immigration. Les russes de l’autre van ont aussi des e-visas, parfait pour eux aussi. Mais pour les autres, d’âpres négociations s’engagent, ils se doutent que c’est une arnaque mais nous sommes encore à 5 ou 6 km de la frontière. Et n’ont plus de transport pour aller jusque là puisque le type leur explique que s’ils ne veulent pas payer, ils ne peuvent pas monter dans son bus. Pour ma part je suis quand même prise d’un doute, ayant peur qu’on me demande de payer pour monter dans ce fameux bus. Notre chauffeur de van étant encore là, je vais le voir et lui demande mon ticket. Il me dit que tout va bien et que je n’en ai pas besoin. Comme j’insiste, il parle à l’autre type qui vient alors me voir avec un badge à porter autour du coup avec inscrit « Bangkok – Siem Reap », il semble que ce soit le sésame pour monter dans ce bus. Ce que je m’empresse de faire.

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Les autres sont toujours en négociation, le ton monte. Certains décident de partir par leurs propres moyens. Un tuk-tuk passe justement par là, ils le prennent et décident de se débrouiller. D’autres préfèrent payer la somme demandée et s’assurer leur place dans le bus. Je vois notre chauffeur de mini-van afficher un sourire satisfait. Je me doute qu’il va toucher sa commission pour avoir livré ses passagers dans ce traquenard. Mais comment savoir à l’avance et l’éviter ? Il semble que ça se passe systématiquement comme ça. Le mieux étant soit d’avoir déjà son visa, soit de prendre un transport uniquement jusqu’à la frontière, et prendre un bus par ses propres moyens de l’autre côté.

Après une bonne heure perdue en palabres, notre bus démarre enfin jusqu’à la dernière ville avant la frontière. A nouveau on nous sépare, les russes d’un côté et le reste des nationalités européennes de l’autre. Le type qui s’est déjà occupé de nous à la frontière nous dit alors qu’il va nous expliquer des choses pour que nous comprenions mieux comment les choses fonctionnent au Cambodge. Parce qu’il ne veut surtout pas qu’on se fasse arnaquer (lol !). Alors voilà, au Cambodge, tout se paye en liquide, et en dollars. Et il nous prévient qu’il y a peu d’ATM (distributeurs automatiques) et qu’en plus à chaque fois qu’on fait un retrait, la banque nous facture 15 us$ de frais, rien que ça ! Comme il ne veut que notre bien, il nous emmène devant le dernier distributeur avant la frontière et nous explique que le mieux et de tirer tout de suite des baths, que nous échangerons ensuite pour des riels cambodgiens ou des dollars. Il indique même, en nous demandant combien de temps nous restions au Cambodge, de quelle somme totale nous aurons besoin. Le discours est bien rodé, il fait rire, tient son auditoire. Et ça marche, évidemment. Tout le monde s’empresse d’aller retirer des baths, puis de se rendre au bureau de change juste à côté (le hasard fait bien les choses !) pour les échanger contre des dollars. Là encore je m’étais suffisamment renseignée pour savoir que tout est baratin et arnaque. Que le bureau de change et ces types sont tous de mèche, et qu’il y a autant d’ATM au Cambodge qu’en Thaïlande ou ailleurs. J’avoue que je n’essaie même pas de dissuader mes compagnons de voyage pour avoir lu des tas de témoignages où c’est peine perdue. Et puis je ne veux surtout pas prendre le risque que notre bon samaritain me prenne en grippe et me plante là. J’ai 20 $ sur moi que j’ai changés avant de partir de Koh Chang, juste histoire d’avoir de quoi payer mon tuk-tuk en arrivant et mon repas ce soir. C’est bien suffisant. Quand il me demande pourquoi je ne prends pas d’argent au distributeur, je lui réponds tranquillement que mon ami m’attend à Siem Reap avec des Riels. Il rit en me répondant que je suis maline et que j’ai de la chance.

Une bonne heure est passée. Nous remontons enfin dans le bus et arrivons à la frontière Une sorte de ville, avec une grande rue principale très large, très animée, très poussiéreuse aussi, avec plein de marchands ambulants partout. Beaucoup d’animation. Le bus s’arrête, nous descendons. Nous laissons nos affaires dans le bus qui nous attendra de l’autre côté nous a-t-on expliqué. Nous marchons quelques dizaines de mètres jusqu’au bâtiment de l’émigration thaïlandaise, au 2ème étage pour faire valider notre sortie du territoire.

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C’est très sérieux et cadré, mais ça va vite. Puis à nouveau quelques dizaines de mètres, pour arriver dans des sortes de guérites un peu sordides, pour présentation de notre visa. Moi, quand je serai grande je veux être douanier au Cambodge : parce que pour ce qui est de jouer avec des tampons, je n’ai jamais vu mieux. Un tampon là, plus là, puis ici, un autre là et là, et encore, encore. Au moins une dizaine au total. Mieux que le jeu de la poste que j’aimais tant chez les copines quand j’étais petite !

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On ne peut pas s’empêcher, je pense, d’avoir un peu le cœur qui bat plus vite à ce moment, tellement leur ton est impératif, leur visage fermé. Pas un bonjour, pas un merci, pas un au-revoir. D’ailleurs je ne suis même pas sûre qu’ils jettent le moindre regard vers nous. On se sent coupable d’office…

Enfin bref, le sésame est délivré, on peut revenir sur nos pas pour remonter dans le bus qui nous attend. Ça, c’est fait ! Ouf !

Encore 3 bonnes heures de route. Je découvre à quel point le Cambodge dans cette partie, est plat, plat, plat… Nous traversons la campagne, des villages, des jolis endroits avec des étendues marécageuses couvertes de nénuphars/fleurs de lotus. Et, vers 18h, c’est l’arrivée à la gare routière de Siem Reap, dans une petite ruelle caillouteuse, un peu à l’extérieur de la ville.

A peine le temps de récupérer nos sacs dans la soute et les chauffeurs de tuk-tuks fondent sur nous. J’indique le nom de la guesthouse Lovely Family à l’un d’entre eux et lui montre l’adresse. Il connait, je lui demande le prix, il m’annonce 5$. C’est beaucoup trop cher et je le lui dis. Il me demande combien je veux payer, je réponds 3. Non 4. J’insiste en disant que 3 c’est le prix maximum pour un tel trajet, on me l’a dit. Ok, c’est d’accord. Je dois être dans le vrai…

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A la différence des tuk-tuks en Inde ou en Thaïlande où la partie arrière est solidaire de l’avant, un véhicule en un seul bloc, ici c’est plus comme une remorque derrière un scooter ou une moto. On y est beaucoup plus balloté. Et sur le chemin non bitumé je dois me cramponner pour rester en place. Mais on arrive très vite sur le macadam et au bout de 3 ou 4 km qui me donnent un aperçu de Siem Reap, nous sommes devant la Lovely Family Guesthouse que j’ai retenue à la faveur des très bons commentaires qu’elle a sur tous les sites. Le lieu est très agréable, la maison jolie au bout d’une allée fleurie et ombragée. Une femme est en train d’arroser les plantes, elle me voit, et dans un grand sourire chaleureux me demande si je suis Catherine. Ça fait plaisir d’être attendue et c’est à l’image de nos échanges par e-mails qui étaient déjà très amicaux. Elle me montre ma chambre à l’étage : immense, avec 2 grands lits, une table de chevet, un bureau, une armoire. Une salle de bain avec eau chaude. Et un grand ventilateur au plafond, qu’elle met aussitôt en route.

Parce qu’il fait chaud, très chaud. C’est la première chose qui m’a saisie en descendant du bus climatisé tout à l’heure. Sans faire un geste, je transpire déjà à grosses gouttes. Depuis mon départ, c’est la première fois que j’ai si chaud. Quand je suis sur le lit dans ma chambre, j’ai l’impression qu’il chauffe ; Je suis un peu mieux en m’asseyant sur le sol carrelé quand je suis sur le PC ou que je bouquine. L’air que je respire est chaud, je cherche des bouffées de fraicheur sans succès. J’ai une petite boussole – thermomètre, pas très précise mais qui indique nettement plus de 30° . La douche dont je rêve me rafraîchit juste le temps où je suis dessous. Même en ne mettant que de l’eau froide, elle est tiède. Je ne me sèche pas et reste sous le ventilateur. Efficace un instant, juste le temps qu’il faut pour sécher – bien trop vite. Il va falloir que je m’habitue. C’est pourquoi je décide de me donner une journée de repos et d’accoutumance demain, avant d’aller mardi commencer la visite d’Angkor.

Lundi 13 mars :

Malgré la touffeur et la moiteur ambiantes, j’ai passé une bonne nuit. En laissant tout le temps le ventilo à fond. Je m’accorde une grasse matinée bouquinage avant de descendre prendre mon petit-déj. La guesthouse ne fait pas restaurant mais propose uniquement les petit-déj, dans une salle-terrasse agréable et confortable, avec des bassins et des plantes vertes. On me sert un excellent thé au jasmin et c’est le meilleur que j’ai bu depuis longtemps car ni l’Inde, ni la Thaïlande ne sont des pays de thé…

Je pars à pied flâner et découvrir la ville. Je ne suis qu’à 7 ou 800 mètres du centre animé, du grand marché couvert, et de pub’s street – la rue de tous les cafés et restaurants. Je trouve cette petite ville plutôt agréable. Un fleuve la traverse. Je me promène le long de l’eau et trouve même une légère fraîcheur toute relative… Je m’y pose une petite heure pour bouquiner sur un banc.

Petite journée tranquille où je réfléchis au programme de ces prochains jours qui se précise. Déjà je pense rester un peu plus longtemps que prévu ici. Je vais prendre un pass 3 jours pour les temples mais comme on peut l’utiliser des jours non-consécutifs sur une semaine, je vais faire ça tranquillement. Je vais aussi aller visiter un village flottant.

Et déjà ce soir, au lit de bonne heure parce que demain le tuk-tuk vient me chercher à 6 heures pour voir le lever de soleil sur Angkor Wat. Oui, vous avez bien lu, moi, Catherine, la lève-tard je mets délibérément un réveil    à sonner à 5h !

2 commentaires sur « Jour 32 à 33 : Bienvenue au Pays du sourire ! »

    1. Depuis l’Inde, j’enchaîne les romans : déjà un Nothomb, un Van Cauvelaert, et 2 polars, dont le dernier que je viens de terminer: une histoire de serial killer qui décapite ses victimes…
      En fait c’est vous qui m’empêchiez de lire en Inde… Ha ha ha !

      J'aime

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