Jour 77 : 6ème sens

Je reviendrai sûrement dessus mais, en route pour un tour dans le Bokor, montagnes qui bordent Kampot, me voilà en attente sur une aire genre aire d’autoroute, pour au moins 40mn, alors que ça fait seulement 10mn que je suis montée dans le mini-van qui avait déjà 45mn de retard ! Notre chauffeur – arrivé jusqu’ici en roulant à 30km/h, vient de nous expliquer que nous devons attendre d’autres passagers dont le mini-van a lui-même du retard. Mais c’est pas grave nous rassure t-il, on aura quand même le temps de tout faire ! Et c’est vrai qu’au Cambodge, rien n’est jamais grave… et de fait, ça ne l’est pas – c’est d’ailleurs ce qui me plait ici. C’est juste parfois énervant !
Évidemment je n’ai pas pris ma liseuse, tous les passagers sont au moins à 2 et se sont dispersés dès la descente !
J’ai du retard dans l’écriture ça tombe bien…
(Ah je viens d’être rejointe par un couple de français)
Je vous ai laissés à Banlung, retournons-y donc…

Lundi 24 avril :

Pas de mauvaise surprise au réveil, mon poignet a déjà dégonflé et me fait un peu moins mal. Je suis encore très généreuse avec le baume du tigre qui fait des miracles et sert vraiment à tout (super efficace sur les piqûres de moustiques aussi), et comme je vais passer une partie de ma journée en bus, mon poignet va être au repos.

Pout une fois, je paye un peu plus cher mon transport, mais j’ai réservé un bus « VIP ». Pour 3$ de plus je suis assurée d’avoir une vraie place confortable et un mini-van neuf qui roule plus vite, et met 2 heures de moins que les autres pour aller jusqu’à Phnom Penh.

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Départ à 6h de la Guesthouse. Trajet tranquille avec des arrêts fréquents pour manger. Arrêts pendant lesquels une foule de vendeurs vient jusqu’à nous pour nous proposer fruits, maïs bouilli, œufs durs en brochettes, riz cuit dans un bambou, jus de canne à sucre frais…

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Même pas besoin de sortir du bus si on le souhaite. Je me laisse tenter par le riz que j’avais déjà goûté. C’est roboratif et bon. Pour le manger il faut décortiquer le bambou autour du riz, qui reste très compact. Il a été cuit dans le feu de bois dans cette enveloppe qui lui donne vraiment un parfum et une texture agréable.

Nous longeons le Mékong un long moment.

IMG_6807j’admire le paysage et les villages sur pilotis que nous voyons de la route.

Arrivée à Phnom Penh vers 15h, il commence à pleuvoir. L’hostel que j’ai réservé est à quelques centaines de mètres. J’avais envisagé d’y aller à pied, mais en voyant la circulation, la façon dont les trottoirs sont encombrés ou inexistants, et la météo, j’accepte la proposition d’un taxi-moto après avoir négocié le prix. L’hostel est en plein centre. J’ai réservé un lit en dortoir pour femmes. Ce sont des boxes individuels – hauts et larges, avec un matelas confortable, une lampe individuelle, des prises électriques – qui ferment par un rideau. Nous ne sommes que 3 à l’occuper. Une Américaine de Los Angeles, une polonaise de Gdansk, et moi. Très accueillantes toutes les 2, nous passerons pas mal de temps à discuter ensemble.
Une fois installée, je pars explorer la ville. J’ai la mauvaise idée d’emprunter les grandes artères. Les trottoirs sont quasiment impraticables : encombrés par les scooters, motos, et voitures en stationnement n’importe comment, stands de rue, tables, chaises, et la circulation est dense. Les véhicules me frôlent quand je dois marcher sur la route, ne font même pas mine de s’écarter un peu. Et je vous laisse imaginer quand il faut traverser : le piéton n’est absolument pas pris en compte. Il y a bien quelques carrefours avec des feux mais ils sont rares.

Après avoir découvert le quartier, alors que je rentre à l’hostel, à quelques dizaines mètres de mon but, j’entre en collision avec un homme que je n’ai pas vu arriver alors qu’il sortait sûrement d’un bâtiment. Cambodgien, la soixantaine bien mise, un attaché-case à la main, genre homme d’affaire pressé. Je m’excuse, en anglais évidemment, et charmant, il me dit que ce n’est rien et engage gentiment la conversation en me demandant si le Cambodge me plait, et d’où je viens. Quand je lui réponds que je suis française, il semble aux anges : « Ah, vous êtes française, et d’où » je réponds de Normandie, il me demande alors si c’est loin de Paris et si je connais Paris. Je lui réponds que j’en suis à 2h et que oui, je connais bien entendu. « Oh, ma nièce est à Paris, elle a fait des études d’infirmière et travaille dans un hôpital à Paris ». Moi « et allez-vous lui rendre visite ? » Lui « j’aimerais beaucoup. Ma sœur est très inquiète de savoir sa fille là-bas parce qu’on lui a dit que Paris est une ville dangereuse où il y a beaucoup de discrimination envers les asiatIques, qu’en pensez-vous ? » Je m’en sors comme je peux en disant que je ne pense pas, que c’est comme partout, il y a des gens biens et d’autres qui le sont moins. Il me demande alors si je ne voudrais pas rencontrer sa sœur et discuter avec elle pour la rassurer, il fera l’interprète. Je suis un peu perplexe et réponds que je viens juste d’arriver à Phnom Penh et souhaite retourner me reposer. « Eh bien, donnons-nous rendez-vous demain matin, nous irons ensemble chez ma sœur, vous discuterez ensemble, vous lui parlerez de Paris, et vous déjeunerez avec nous. Vous aimez les cambodgiens, ça nous fait plaisir de vous recevoir »… Dans ma tête ça tourne à la vitesse grand V : je veux décliner en restant polie. Mon 6ème sens me dit que c’est louche. J’explique que j’en serais ravie mais que je ne vais rester que 2 ou 3 jours, et que je n’aurais pas le temps. Il se fait insistant « eh bien à un autre moment si vous préférez, peut-être en fin de journée, vous n’avez sûrement rien de prévu en fin de journée ». Je reste sur mon refus, avec le sourire, mais je suis ferme, en le remerciant. Il semble avoir compris et me salue en me souhaitant bon séjour à Phnom Penh. Bizarre non ? Du fond de ma mémoire me revient alors une vague histoire d’invitation avec arnaque à la clé qu’il me semble avoir lu. De retour à ma chambre, je m’empresse de googleliser « Phnom Penh inconnu invitation arnaque » : Banco  ! Une dizaine d’occurrences avec des témoignages à la pelle. Toujours le même processus. Un homme – inspirant toujours confiance – ou une femme, voire 2, vous aborde incidemment. Se réjouit que vous soyez Français (ou anglais, ou hollandais, peu importe) ; sa fille / nièce / sœur/ cousine est justement dans la capitale, ou doit y aller prochainement, et on s’inquiète pour elle. Ou bien elle étudie le Français, ou l’anglais, et serait ravie de discuter avec vous. On vous invite, le rendez-vous est toujours fixé près du lieu de la rencontre. On vous emmène dans un appartement où vous êtes reçu(e) royalement. Et pour commencer on vous offre une délicieuse soupe. Vous vous régalez, la discussion est sympathique. Vous vous sentez étrangement bien et détendu. On vous propose de vous apprendre à jouer aux cartes, juste pour s’amuser, et passer un bon moment. Puis on vous apprend une méthode infaillible pour gagner à tous les coups. Vous êtes bien, vous jouez en vous amusant. Et le fameux « truc » marche, vous gagnez. Puis des frères / cousins / neveux arrivent. Et si on jouait de l’argent ? Vous êtes incapable de dire non. Et vous gagnez. Les joueurs sont vexés de perdre en face de vous, ils jouent le tout pour le tout et misent tout ce qu’ils ont. Et là évidemment vous perdez. Et l’honneur c’est sacré au Cambodge, on vous accompagne jusqu’au distributeur automatique le plus proche ou, de votre plein gré, vous retirez 200, 500, jusqu’à 2000$ pour certains que vous remettez à votre bienfaiteur…
Voilà, voilà… sans violence, sans menace, vous êtes dépouillé, et tellement honteux le lendemain que vous ne portez pas plainte parce que vous ne comprenez pas comment vous avez pu vous laisser embarquer là-dedans. Tous racontent à quel point ils se sentaient incapables de refuser et totalement soumis, comprenant bien après que la délicieuse soupe était probablement droguée car il ne s’expliquent pas cette indolence et cette léthargie qui les à empêchés de réagir.
Et il ne s’agit pas de légende urbaine. Les témoignages sont essentiellement sur les sites de voyageurs.
Quand mes 2 room-mates rentrent à leur tour, un peu plus tard, je suis dans mon lit, et j’entends Kasia, la Polonaise raconter l’histoire étrange qu’il vient de lui arriver : elle vient de se faire aborder dans la rue par 2 femmes qui… bla bla bla… mais elle ne les a pas laissées finir leur histoire, on lui avait déjà servi la même 2 jours plus tôt. Elle s’étonne donc de cette coïncidence. Là, Shane, l’américaine d’origine coréenne et qui est à Phnom Penh depuis plusieurs mois, nous met en garde. C’est hélas une mafia qui sévit à Phnom Penh et cette arnaque continue à piéger des tas de touristes. Elle nous précise en outre, que jamais un cambodgien n’invitera chez lui un étranger rencontré dans la rue. Ce n’est absolument pas dans leur culture.
Bref, mon 6ème sens, et aussi juste mon bon sens, m’a peut-être évité une fâcheuse mésaventure.

Pour me consoler d’avoir échappé au pire, je m’offre un extra en allant dîner dans un restaurant de sushi que j’ai repéré cette après-midi pas loin d’ici. Sushis et fondue à volonté, un régal !

Voilà quelques heures seulement que je suis arrivée dans cette capitale qui ne m’inspire vraiment pas : trop de monde, trop de bruit, trop de circulation. Décidément, les grands villes, c’est vraiment pas mon truc et j’ai déjà hâte d’en repartir. Heureusement que je n’ai pas commencé mon aventure cambodgienne ici, je n’y serais probablement pas encore 7 semaines plus tard. Et j’aurais un regard beaucoup trop suspicieux sur les cambodgiens, loin de la réalité quotidienne…

6 commentaires sur « Jour 77 : 6ème sens »

  1. Ouh là heureusement que ton bon sens est toujours là tu as bien fait, c’est sûr dans les campagnes les risques ne sont pas les mêmes.
    Je te souhaite encore de belles aventures.
    Des gros bisous.
    Léti

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