Jour 119 à 121 : Déroutée…

Peu de photos sur cet article, et pour cause…

Dimanche 4 juin :

Après une nuit très calme – même pas besoin de mes bouchons d’oreilles au petit matin ; l’hostel est au bout d’une impasse et aucun bruit de la rue n’arrive jusque là – je descends prendre le petit-déjeuner. Posée dans cet hostel sympathique, je prends alors la décision d’y rester jusqu’à mercredi, pour ne rien faire de spécial, juste écrire pour mettre mon blog à jour, et un peu me balader. Ça tombe bien parce qu’avec cette chaleur intenable, c’est de la folie de vouloir sortir en journée. Et encore, même en attendant le soir, l’impression d’être dans un sauna à ciel ouvert persiste. Je passe donc une partie de la journée sur mon lit, ou dans la salle commune agréable.
Puis balade dans le quartier.
Dîner dans une cantine proche.
Et je m’apprête à passer une aussi bonne nuit que la veille, en remisant même les bouchons d’oreille avec mes affaires personnelles dans le casier. Très mauvaise idée.

Je me couche  relativement tôt pour une fois et m’endors très vite. Quand je suis réveillée par mes voisines (du moins je le suppose) qui rentrent un peu bruyamment, je n’ai alors aucune idée de l’heure et me rendors sans peine. Pourtant, un peu plus tard, d’autres bruits me réveillent, persistent. Le temps d’émerger et d’identifier ce qui m’a réveillée : aucun doute, les demoiselles sont 2 dans le même lit, en face du mien (alors que ce lit était libre quand je me suis couchée), et sont à l’évidence bien plus intimes que 2 amies qui s’aiment bien. Pas d’ambiguïté sur leur activité nocturne !

Surprise d’abord, puis déstabilisée je l’avoue, je me dis que ça ne va sûrement pas durer trop longtemps, et que je n’ai qu’à essayer de me rendormir. Impossible ! Et plus les minutes passent, plus je sens l’exaspération me gagner. Je rumine et finis par grogner et soupirer bruyamment pour bien leur rappeler ma présence à 2 mètres d’elles, même si nous sommes toutes cachées par un rideau. Ça marche puisqu’elles se lèvent et vont dans la salle de bain… qui est dans la chambre, et juste à côté de mon lit aussi ! Je sens leurs efforts parce qu’elles chuchotent mais les bruits « annexes » sont explicites. Puis c’est enfin la douche que j’entends couler, et, quand elles se recouchent, je pense pouvoir enfin dormir dans le silence. Eh non ! Perdu ! Elles remettent ça !

Maintenant tout à fait éveillée (il est 3h et ça fait plus d’une heure que ça dure), je partage mon énervement en direct sur un groupe de voyageuses sur FB. Les réactions m’amusent ou me surprennent. Certaines sont extrêmement choquées. On me dit même d’aller chercher les responsables de l’hostel pour les virer. J’ai droit à divers conseils, du plus avisé au plus drôle ou saugrenu. Il y a celles qui trouvent ça quasiment normal disant que « ça fait partie du jeu quand on est en dortoir » ou que comme on ne paye pas cher, on ne doit pas se plaindre. Ou encore que c’est humain et que c’est juste notre culture qui nous fait réagir alors que c’est naturel. Ou que c’est fréquent dans les dortoirs mixtes. Enfin beaucoup comprennent mon exaspération. Quoi qu’il en soit, normal ou pas, naturel ou pas, fréquent ou pas, j’ai juste envie de pouvoir dormir. Et j’avoue que sur le coup je me sens totalement désarmée pour savoir quelle est la réaction appropriée. Et gênée aussi, je le reconnais – et ça aurait été pareil avec un couple héréro… Et je crois aussi qu’en français j’aurais réussi à réagir plus naturellement et spontanément.
Je finis donc par trouver le courage de me lever… pour mettre mes bouchons d’oreilles et me rendormir, décidée à dire en face à face le lendemain matin à ces impudiques/indélicates demoiselles ma façon de penser. Et leur conseiller de prendre une chambre privée la prochaine fois. Très peu de temps après, l’une des deux quitte le dortoir.

Quand j’émerge le lendemain après cette nuit animée, à ma surprise, le lit en question est vide. Et aucune trace d’une occupante alentour. Seules les 2 polonaises qui séjournent encore ici sont dans leurs lits respectifs. Puis, je vois 2 des gars qui tiennent l’hostel arriver et sembler s’étonner de voir que le lit a été occupé…
Bref je ne sais pas qui étaient ces 2 filles mais, en observant les choses, je suis pratiquement convaincue que c’est une des 2 polonaises, qui a ramené une fille de l’extérieur dans le dortoir, et qu’elles ont squatté un lit inoccupé.
Voilà le genre d’anecdote qui fait rire après coup, même si elle m’a bien énervée et un peu interloquée, je l’avoue. Je reconnais que je choisis exclusivement les petits dortoirs féminins en hostels parce qu’il y a souvent plus de désagréments de toutes sortes dans les dortoirs mixtes, mais je n’avais jamais pensé à ça. Je suis sûrement naïve. Tout le monde n’a évidemment pas la même notion de la pudeur, de la décence, ni d’un certain respect des autres. Parce que moi j’y vois un manque de respect… Mais bon, y’a pas mort d’homme (ni de femme), et il ne faut surtout pas généraliser. J’en suis quand même à mon 6 ou 7ème dortoir et je n’ai jamais vécu de genre de situation. Beaucoup de filles qui ne séjournent qu’en hostel m’ont aussi dit qu’elle n’ont jamais vu vécu cette situation…
Je me suis demandée si j’allais raconter ça ici, mais ça fait aussi partie du voyage. Il faut bien le pimenter un peu.
Je serais d’ailleurs curieuse de savoir comment vous pensez que vous auriez réagi à ma place.

Lundi 5 juin :

Je brave les températures extrêmes avec l’idée d’aller me promener dans les rues des 36 corporations. Au bout de quelques centaines de mètres, je passe dans une rue où plein de stands de restauration sont en pleines préparations. Pas mal de broches et barbecues sont en marche. Tout à coup, en m’approchant, j’ai un mouvement de recul : c’est bien un chien qui est embroché ! Et je constate que c’est la même chose dans presque toute la rue. J’essaie de regarder mais je ne peux pas, et détourne très vite les yeux. J’avoue être extrêmement choquée. Je ne m’attendais pas à ça. Pas à ce qu’ils soient aussi reconnaissables. Alors que j’imaginais prendre des photos si je voyais du chien au menu, j’en suis bien incapable. De même que j’ai toujours dit que je pense que je pourrais goûter de la viande de chien, puisque la barrière est purement culturelle. Un petit lapin, un agneau ou un veau sont tout aussi mignons, et j’en mange occasionnellement sans état d’âme, ni honte. Mais je n’avais pas imaginé que je serais autant effarée par la vision que j’ai eue. Je m’attendais à éventuellement me retrouver un jour avec dans mon assiette un morceau de viande non-identifié, et dont j’aurais appris ensuite qu’il s’agissait de chien, mais sûrement pas à en voir embrochés entier… et encore, ils étaient déjà grillés quand je suis tombée dessus…
Je trace vite mon chemin sans un regard autour de moi, le nez sur mes chaussures, pressée de quitter cette rue. Je reste perturbée un moment avant d’arriver à mon but.

Puis j’arrive dans l’un des plus vieux quartiers d’Hanoï où tous les corps de métiers et commerçants y sont regroupés par rue, selon leur activité, d’où son nom : on trouve par exemple la rue des horlogers, celle des couturiers, des chaudronniers, des mécaniciens, des épiciers, des tanneurs, des orfèvres, etc…

 

 

C’est impressionnant de voir autant de boutiques qui proposent la même chose se succéder. Les rues y sont évidemment très animées puisque quasiment tous travaillent sur les trottoirs. On slalome donc entre les tuyaux de zinc et les tôles diverses, les soudeurs ou les sculpteurs sur bois, les scooters démontés ou les bobines de tissus…
La chaleur m’accable. Ma robe est à tordre et c’est pour déguster un sorbet que je finis par aller m’installer sur un banc au bord du Lac. Pas vraiment une bonne idée : je ne suis pas assez gourmande, ni assez rapide pour manger un sorbet en cornet par 40° ! C’est un carnage, il fond et coule partout. Et la moitié finit fondue sur le sol.
Après avoir bouquiné, je dîne dans un petit café calme, quand 2 familles de vietnamiens en vacances arrivent ensemble ; 4 adultes et 5 enfants. Une colonie de vacances ne ferait pas autant de bruit qu’eux. La cacophonie envahit tout l’espace et c’en est fini de mon petit repas tranquille. J’ai du mal à m’habituer au manque de discrétion de ce peuple. Ils parlent toujours très très fort. Les enfants sont très turbulents sans que jamais les parents ne les arrêtent. Bref, ils sont soûlants et souvent je leur demanderais bien de baisser d’un ton… Mais non, c’est moi l’intruse qui suis chez eux.

Mardi 6 juin :

Il fait un peu moins chaud, le ciel est nuageux et la pluie n’est pas loin. Je pars à pied pour aller visiter le Temple de la Littérature qui est un incontournable d’Hanoï. C’est un lieu chargé d’histoire, vestige du la grandeur de l’époque impériale, académie confucéenne qui n’avait à l’origine aucun but religieux. C’était une université pour les fils de mandarins et de l’aristocratie, afin qu’ils en sortent hauts fonctionnaires. J’avoue ma déception, c’est un Temple de plus et je m’attendais à y voir au moins des expositions intéressantes sur sa glorieuse histoire.

 

 

Je crois que j’ai vu tellement de temples – bien plus beaux que celui-ci – que je suis sûrement blasée.

 

 

Ce sont uniquement les illustres vietnamiens qui ont étudié ici, et la charge historique qu’il porte qui font sa célébrité. Je croise d’ailleurs beaucoup de groupes de visiteurs étudiants.

IMG_7731Par contre, au milieu de l’agitation d’Hanoï c’est un îlot de tranquillité appréciable, avec un joli parc autour. En tout cas aucun regret de ne pas l’avoir fait avec Christine et d’avoir privilégié les musées. Même le petit Temple Ngoc Son (Mont de Jade) sur le Lac de L’épée m’a bien plus charmée.

Sur le chemin du retour pour mon hostel, je suis surprise par la pluie, qui rapidement tourne au déluge. Et évidemment, alors que le l’ai trimballée pendant des jours dans mon sac pour rien, j’ai oublié ma cape de pluie. Étant presque arrivée à mon hostel, je continue un peu. Mais au bout d’un moment, trempée jusqu’aux os, avant que l’intérieur de mon sac ne soit trempé aussi, je me résous quand même à m’abriter dans l’entrée de ce qui semble être une résidence et des garages. Un gardien en surveille l’entrée et m’invite rapidement à m’asseoir en allant me chercher une chaise. Les minutes passent, aucune amélioration. 30 mn plus tard, alors que l’averse faiblit un peu, le gardien revient vers moi avec à la main une cape de pluie en plastique transparent rouge, me fait comprendre qu’il me la donne et m’aide à l’enfiler. Je le remercie chaleureusement et reprends la route pour les 600 mètres qui me restaient à parcourir. Je fais rire tout le monde quand j’arrive à l’hostel, trempée sous mon accoutrement. Et je laisse une belle flaque dans l’entrée avant de filer me sécher et me changer…

Plus tard dans la journée, alors que la pluie s’est enfin arrêtée, et que l’air est du coup plus respirable. Je pars explorer le  quartier pour trouver un endroit insolite d’Hanoï dont j’ai lu les descriptions et qui semble être près d’où je loge : une voie ferrée qui passe au milieu de la rue, au milieu des maisons, sans aucune barrière ou protection. Il paraît que le spectacle du train qui passe alors que tout le monde continue à vivre normalement est incroyable. Mais je n’ai pas réussi à obtenir une information fiable sur les horaires de passage des trains ici. Je trouve l’endroit sans peine. Même sans train, c’est en effet surprenant.

 

Je demande (enfin je me fais comprendre pour demander) à un garçon assis au bord de la voie à quelle heure passe le prochain train. Il me répond 19h. Dommage, il fera nuit. Je ne vois donc pas l’intérêt d’y revenir.
Retour et dîner à l’hostel.

Demain, je repars pour de nouvelles aventure en espérant trouver un peu de fraîcheur au pieds des montagnes, vers l’ouest.

11 commentaires sur « Jour 119 à 121 : Déroutée… »

    1. Coucou Véro ! Ils sont passés (du coup j’en ai même eu un 2 fois 😊) mais en « indésirables » bizarre ! C’est la première fois que je vois ça sur la messagerie WordPress. Bref je les ai validés, ça ne devrait donc plus se produire.
      Des bises à Serge et toi…

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  1. Géniale la voie ferrée dans la rue étroite ! Pour les filles, j’aurais été très gênée et énervée. Effectivement elles auraient dû louer une chambre…il me semble que çà va de soi que de se retenir lorsqu’on loge en collectif. Pour respecter les voisins. Mais tout le monde n’a pas les mêmes codes…Les chiens…wouh çà devait être très très étrange…décidément, 2 jours bizarres…belle continuation ! Bises !

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  2. Je disais donc ( mais ne suis pas sûre que ma première tentative de commentaire ait abouti…) que ce qui moi me laissait a priori très perplexe c’est que l’on puisse être suffisamment décontracté pour faire l’amour dans un dortoir en sachant que d’autres personnes y dorment…Mais je te disais aussi que, comme tu le sais, je ne suis en rien la reine de la décontraction !!((-;

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  3. Trop drôle! J’avais vu ton histoire sur le groupe Facebook et j’avais été effrayée par les commentaires qu’elle avait suscités. Et du coup je n’avais pas donné mon avis : elles auraient pu prendre une chambre et avoir un peu de décence! Mais j’aurais eu du mal à réagir sur le coup .
    Pour le reste, merci pour ton écriture ☺. On te suit de peu.

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  4. Vu de l’extérieur, c’est rigolo mais à vivre ça doit être autre chose…enfin pour les filles parce que pour les chiens c’est moins rigolo…Ca me rappelle un cycliste qui avait mis une caisse sur son vélo avec une tête de chat empaillé. J’étais petite et ça m’a choqué puisque je m’en souviens encore…
    Ici il fait beau en ce moment mais avec une chaleur supportable…
    Bisous bisous

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  5. Je viens de recevoir la carte 😃
    Très émue que vous ayez pensé à moi toutes les 2 à l’autre bout du monde.
    J’espère que Christine me lira.
    Par contre je ne vous ai pas reconnues sur la carte, vous avez bien changé.😂😂😂
    Et quand tu seras de retour et que tu descendras, amène Christine !
    Bon, je vais continuer à te lire mais je n’en suis qu’à mi mai…
    Porte toi bien et profite à fond…😘

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  6. Coucou aux 2 Catherine, ça serait un grand plaisir de se retrouver toutes les 3 après toutes ces années…
    Et les Landes, ce n est pas si loin que ça de LIMOGES !
    Attendons le retour de la baroudeuse pour programmer cela.
    Biz

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