Jour 163 à 165 : Petite victoire !

Ces dernières semaines, j’ai pris l’habitude de ne faire qu’un article par destination. Et d’y regrouper plusieurs jours. Mais j’ai beaucoup à raconter sur mon séjour à Nong Khiaw, alors je le découpe.

(Je rappelle que ce récit est autant pour vous, amis, famille, ou lecteurs de passage, que pour moi, comme un journal qui me permettra de me replonger avec délices dans cette aventure. Entrer dans les détails est mon assurance « mémoire de poisson rouge »)

Samedi 15 juillet :

Aujourd’hui c’est grand bleu !
Quand je suis arrivée ici sous la pluie après plusieurs jours de ciel très couvert même quand il ne pleuvait pas, j’ai pensé que j’aimerais quand même revenir à la saison sèche pour voir ce que ça donne sous le soleil. Pas besoin de revenir (pour ça du moins), je suis exaucée. Et je ne suis évidemment pas déçue.
Aussi, après ma petite balade matinale (enfin, pas aux aurores, vous me connaissez) et un copieux petit-déjeuner/déjeuner qui traine en longueur. Je décide de me préparer pour aller au bord de la rivière, à l’endroit que Mit m’a montré.

C’est en tout début d’après-midi que se produit l’événement que je n’espérais plus : j’entends des gens arriver, et qu’ils parlent français. Mit les conduit à la chambre voisine de la mienne. C’est alors que je les vois : un couple, de presque  vieux, aussi vieux que moi ! Avec leur sac sur le dos.
Un franc sourire et spontanément nous nous lançons mutuellement un grand « bonjour ! ». Je sais qu’ils sont français puisque je les ai entendus parler, mais comment savent-ils que moi aussi je le suis ? Ils me disent que c’est  la façon dont j’ai dit « sabaïdee » à Mit qui les a mis sur la voie. Ils ont à peu près mon âge et le premier contact est très convivial. Une fois qu’ils sont installés, ils ressortent et nous discutons un peu. Je leur parle de la tranquillité des lieux, et leur raconte le view point auquel je ne suis pas encore montée.
Puis, je les laisse déjeuner, et vais me préparer : avec cette météo la baignade s’impose.

J’emprunte un petit chemin qui serpente entre la rivière et les maisons. Je traverse des cours où canards, poules et leurs poussins, coqs mais aussi petits cochons noirs s’ébattent librement.
(Il y a d’ailleurs bien longtemps que je n’avais pas vu autant de poussins que depuis que je suis en Asie. Partout il y a des poules et des coqs en liberté, et les familles complètes de gallinacés sont absolument partout, y compris en ville parfois. Alors que je me rends compte qu’en France, alors même que je suis quand même régulièrement à la campagne dès que je suis en vacances, je n’en vois jamais)
Je cherche une trouée dans la végétation assez dense, qui me permettrait de descendre sur la rive. Sans succès. Je reviens sur mes pas, mais je ne vois pas où passer. Tant pis, la baignade se transforme en promenade sur ce chemin bien agréable.

Alors que j’ai fait 1/2 tour pour revenir à ma chambre. J’entends qu’on m’appelle de loin : Mit est sur sa barque sur la rivière, avec Lindsay, une des hollandaises d’Aruba, et me crie de m’approcher. Il me demande d’aller voir sa maman à la Guesthouse et de demander un couteau pour lui. J’y vais donc… Sacré challenge de me faire comprendre alors qu’elle ne parle quasiment pas anglais. Je fais des gestes, lui parle de Mit, lui montre la cuisine, mime l’action de couper. Je lis l’inquiétude sur son visage et qu’elle s’apprête à me suivre : elle croit que je lui dit que son fils s’est coupé ! Je l’arrête et la rassure. Tant bien que mal, elle finit par comprendre et me confie un couteau. Je dois alors l’apporter alors que la barque est à un endroit pas accessible, près de la rive envahie d’herbe folles. Je suis chaussée de mes chaussons de baignade, c’est déjà ça ; au moins, je ne glisse pas dans la boue. J’arrive avec difficulté au bord de l’eau (tout ça avec un grand couteau de cuisine à la main), et dois encore me servir d’une vieille barque arrimée au rivage pour passer du bord à celle de Mit, et lui donner le couteau qui lui servira à libérer le filet emmêlé dans des branchages.

Il me propose de rester à bord avec eux pour une promenade – pêche. Je lui dis que je voulais me baigner mais que je n’ai pas trouvé comment descendre à la rivière. Il propose donc de m’y amener avec la barque et de me montrer l’accès de près.
Je discute avec Lindsay. Jonathan nous a parlé hier d’un endroit à la sortie du village où on joue à la pétanque. Il y retrouve quasiment tous les soirs ses amis laotiens et il nous a invités à les rejoindre. Nous convenons d’y aller ensemble.

Après le tour en barque et la baignade, Mit nous débarque, et je peux ainsi suivre dans l’autre sens le sentier que j’aurais dû trouver. Il aboutit en fait derrière un enclos pour cochons, et n’est pas visible du chemin.
Le temps d’une douche et je retrouve Lindsay et son amie Anke pour aller jusqu’au restaurant où les laotiens jouent à la pétanque, à un kilomètre de là.

Quand nous arrivons la partie est déjà acharnée. Musique pop Lao à fond dans un gros haut-parleur, la bière coule à flots….
Un des gars parle un peu anglais et vient me parler quand il apprend que je suis française. Il m’explique que bien évidemment ce sont les français qui ont importé ce jeu ici. Mais que le problème est qu’on ne trouve pas de boules de qualité au Laos. Je savais que ce jeu était populaire ici, et déjà, en me promenant autour de Luang Prabang, j’étais tombée sur le club de pétanque « officiel ».
Les hollandaises découvrent la pétanque. Anke se souvient d’avoir vu jouer dans un terrain de camping en France quand elle était enfant. Je leur explique donc les règles et nous jouons sur l’un des 3 terrains.

Je n’ai jamais été une grande fan de pétanque. Pendant très longtemps, j’avais même horreur de ça, et ne jouais vraiment que quand il fallait compléter une équipe avec les copains. Mais en vieillissant, ça me dérange moins. Je peux même parfois y prendre plaisir. Les Laos ne font pas vraiment attention à nous.

Jonathan arrive plus tard en s’excusant. Il sort de la maison des propriétaires du lieu, qui sont devenus des amis, et nous explique qu’il a été convié à une cérémonie qui se termine, et qu’il nous rejoindra ensuite. D’où les nombreux fils de cotons à ses poignets… j’y reviendrai.
Jonathan est un breton de 33 ans. Amoureux de l’Asie et plus particulièrement du Laos, il prend chaque année 2 ou 3 mois sans solde pour venir ici. Il a donc noué de vraies amitiés, renforcées par le fait qu’il parle un peu Lao et continue a venir l’apprendre ici. Notamment avec Lintong, que je rencontre un peu plus tard. C’est le propriétaire des lieux. Il a 65 ans, parle un peu français et est ravi de discuter avec moi. C’est un vieux monsieur charmant et intéressant. Il a été guide et entretient toujours une forme physique impeccable. Il est conteur aussi et me parle des traditions des différentes ethnies qui vivent dans les environs. Me raconte la vie ici pendant les bombardements de la guerre. Le Laos est le pays qui a reçu le plus de bombes. Les gens se réfugiaient dans les nombreuses grottes et profitaient de l’éclairage de la lune pour travailler dans les rizières la nuit. Ce qui fait qu’ils ont toujours eu de quoi se nourrir.
Il m’invite à revenir afin qu’il puisse exercer son français.

Quant à la partie de pétanque des laotiens, elle est de plus en plus animée et joyeuse. Il faut dire que les perdants paient la tournée de bière à chaque partie, et que celles-ci se font en 7 points seulement. Ça revient donc très vite. Lintong m’explique d’ailleurs que c’est pour ça que lui ne joue pas : il mène une vie saine et ne boit pas d’alcool.

Nous restons là jusqu’à la nuit et les filles, Jonathan et moi décidons d’aller dîner ensemble. Jonathan nous propose un petit restaurant local un peu plus loin sur le chemin du retour, donc en dehors du village aussi. Il connaît les lieux et est accueilli en habitué. J’ai oublié mon porte-monnaie dans ma chambre et n’ai pas de quoi payer, il l’explique aux propriétaires qui me disent que je pourrai revenir payer demain. Nous sommes les 4 seuls clients et mangeons très bien.
Heureusement que Jonathan a une lampe pour le retour car il fait nuit noire et il n’y a pas le moindre éclairage jusqu’à l’arrivée au village, où seules les échoppes, guesthouses, ou restaurants ouverts dispensent une faible lumière à l’extérieur.

 

Dimanche 16 juillet :

Alors que je termine tranquillement mon petit déjeuner, Patricia et Hervé, mes nouveaux voisins, reviennent de balade. Leurs chaussures sont boueuses, ils ont de la terre partout sur eux. Ils sont montés au fameux point de vue : ils en sont ravis. Ils m’expliquent que c’est en effet glissant, qu’il faut y aller tranquillement et prudemment, mais que c’est largement faisable, d’autant qu’on peut prendre un bâton pour s’aider.  Et surtout, c’est fabuleux à l’arrivée ! Il sont catégoriques : je dois y aller !

Nous discutons. J’apprends qu’ils sont tous les 2 d’origine bretonne (Hervé de St-Brieuc lui aussi – je lui parle de Jonathan), mais sont installés en région parisienne. Leurs 2 fils ont l’âge d’Adrien et Chloé, et ils ont aussi une fille un peu plus jeune. Ils voyagent « sac à dos » en Asie pendant leurs congés annuels depuis que leur fils aîné est allé plusieurs mois en Asie il y a quelques années. Il leur a donné l’envie de faire de même. Hervé est pompier et Patricia comptable – sans emploi fixe depuis un licenciement économique. Nous nous trouvons pas mal de points communs, et le contact est tout de suite évident et facile.
Je leur raconte évidemment que c’est la première fois que je rencontre des gens de mon âge en 5 mois de voyage, et que ça me fait bien plaisir ! (Ne vous méprenez pas, je plaisante parce qu’à chaque fois je raconte toutes mes rencontres de « jeunes », et j’avais promis de préciser quand je rencontrerais des personnes plus… mûres 😊)
Hervé me dit aussitôt que pour fêter ça, ils m’invitent ce soir à aller boire un mojito (je venais de leur expliquer que, seule, je ne me prive pas d’aller boire une bière mais que par exemple, jamais je ne vais prendre un cocktail. Que j’associe  ce genre de plaisir aux amis et à la convivialité)

Motivée par leur enthousiasme, je décide de monter au view point. Je pars vers 16 h, je sais qu’il faut compter une heure 1/2 pour monter, autant pour redescendre (la descente est traître quand le terrain est glissant). Il fait soleil et très chaud. J’ai prévu un litre 1/2 d’eau, et des bananes. À la guérite où je prends mon ticket, cette fois  on me dit juste que c’est glissant et qu’il faut faire attention. J’attaque la montée. La pente est raide, des « marches » sont creusées dans la terre et permettent un meilleur appui. Je suis seule sur le sentier. Plus je monte, plus les passages très boueux et glissants se font nombreux. Par moment, une corde fixée sur les côtés aide à grimper plus facilement.

J’ai très chaud et m’arrête très souvent pour boire. Je suis aussi très essoufflée, comme à chaque fois que je dois grimper. Mais il suffit d’une courte pause pour que ma respiration revienne à la normale, et que mon rythme cardiaque ralentisse. La sueur me dégouline sur le visage et me pique les yeux. Heureusement beaucoup de passages sont ombragés. Dans un couloir de roches et de boue particulièrement difficile et dangereux, je croise un couple plus âgé que moi qui vient de décider de faire demi-tour en pestant bruyamment. J’avoue qu’à ce moment-là, je crapahute comme je peux en me cramponnant à mon bâton et à la corde, en évitant de penser à la descente, bien plus inquiétante que la montée. Un peu plus loin ce sont deux jeunes flamandes qui me disent qu’elles ont abandonné avant l’arrivée : trop difficile. Elles me disent même que je suis courageuse !

Plus je monte, plus la vue est superbe évidemment.

IMG_8448Je me sens fatiguée mais très motivée. Je sais  que c’est à ma portée et j’ai déjà fait bien pire (souvenir mémorable de randonnées en Savoie, et jusqu’au refuge de la Dent D’Oche, où il fallait terminer en escaladant une cheminée à l’aide de cordes… bon je n’étais pas seule, mais quand même)
Je n’envisage pas l’option d’abandonner.
Je progresse à mon rythme. Je manque de m’étaler plusieurs fois mais me rétablis de justesse. Tant bien que mal, je sens que j’arrive au sommet. C’est finalement les dernières centaines de mètres qui sont les plus faciles, à travers la forêt. Et c’est bien agréable après ces efforts.

IMG_8446Enfin j’arrive en haut et… whaouh ! Quelle récompense ! Vue à 360° : les montagnes tout autour, la Nam Ou qui serpente en bas, le village de Nong Khiaw blotti dans un méandre, les rizières dans la vallée. Ça valait vraiment la peine !

Petite victoire ! Je suis vraiment heureuse et fière de moi d’être allée au bout. D’autant plus qu’aujourd’hui 16 juillet est un anniversaire particulier pour moi : il y a 5 ans jour pour jour, j’attaquais ma première séance de chimio. Epreuve qui me laissera comme une poupée de chiffon au bout de quelques mois, sans force, incapable de monter la volée de 16 marches pour monter chez moi sans faire un arrêt au milieu. A ce moment-là, j’avais même du mal à imaginer qu’un jour je retrouverais ma forme initiale. Alors évidemment, depuis j’ai déjà eu bien d’autres victoires, mais celle-ci, à cette date précise, a une saveur particulière dont je mesure la valeur…  

Une plate-forme a été aménagée au sommet. Il y a là 4 filles qui me demandent si j’ai vu leur 2 amies. Je leur dis que oui, mais qu’elles faisaient 1/2 tour. Je suis plutôt rassurée de me dire que je ne serai pas seule pour redescendre. Je me pose pour boire et manger. Je laisse mon sac et vais sur le piton rocheux en face pour prendre des photos.

IMG_0518 Là, des nuées de criquets volants envahissent l’espace tout autour de moi. Des vrais nuages de criquets ! D’un coup, le vent se lève brusquement. Des nuages noirs menaçants arrivent sur ma droite. Non pas ça ! Pas une descente sous orage ! Je me retourne et vois les filles qui ont remballé leurs affaires, et ont déjà commencé la descente. Sans un mot pour moi, sympa !

Je me dépêche donc de retourner prendre mon sac et repars après m’être posée une petite vingtaine de minutes seulement. Tout autour de moi, les arbres craquent, les bambous grincent et se cassent. Le vent forcit. Je déplie ma cape de pluie et la garde à portée de main. Je suis encore là où c’est facile. Quelques gouttes éparses commencent à tomber. Je ne suis vraiment pas fière en pensant que si jamais je tombe et me blesse, on ne me trouvera que demain !

Mais finalement, contrairement à d’habitude, c’est seulement une petite ondée qui est tombée. On dirait que j’ai de la chance. C’est sûrement pas passé loin mais pas sur moi ! Ouf ! J’ai quand même vraiment eu un instant de panique. Je ne m’imaginais vraiment pas sous des trombes d’eau. Je me dis d’ailleurs que finalement ce n’était sûrement pas raisonnable de monter seule. Mais si je devais attendre de trouver quelqu’un à chaque fois que j’ai envie de faire quelque chose, je ne ferais pas grand-chose justement.

Finalement la descente se passe plus facilement que je le redoutais. Seulement une vraie glissade avec atterrissage sur les fesses,  et une mini-cascade avec semi-chute ; ma posture à l’arrivée mériterait sa place dans une compétition de gym !
Je m’en tire bien. Sur les deniers mètres il commence à faire sombre et, à quelques minutes près, j’aurais dû sortir ma lampe. Mais du coup j’ai aussi droit au coucher du soleil.

IMG_8459J’ai mis 3 heures aller-retour. 3 heures intenses, mais que je ne regrette vraiment pas.

Il faut maintenant que je me hâte de rentrer et me doucher (je suis rouge quasiment des pieds à la tête : la couleur de la boue !)  Le mojito m’attend !
Je croise justement Patricia et Hervé en route pour le Qbar, prêts à passer commande en m’attendant. Je les rejoins vite.

Nous passons une soirée très sympa. Discutons à bâtons rompus. Nous commandons des spring rolls et des nems pour accompagner nos boissons.
Comme moi, ils ont prévu de partir mardi pour Muang Ngoi, nous prévoyons d’y aller ensemble.

 

Lundi 17 juillet :

Aujourd’hui les nuages sont restés après l’orage de la nuit. J’ai dormi tard après les efforts d’hier et la soirée qui a suivi.
Je passe donc la journée tranquillement entre petite balade dans le village et au marché où, pour une fois, je trouve des fruits. Lecture, écriture, je mets un peu d’ordre dans ma messagerie… Bref journée glandouille.

En fin de journée, alors que Patricia et Hervé sont revenus, Jonathan monte me voir. Je le présente à mes voisins. Ils parlent ensemble de St-Brieuc où Jonathan vit, de même que les parents d’Hervé qui y sont toujours. Nous décidons d’aller dîner ensemble. Jonathan nous propose un restaurant tenu par un suisse marié à une laotienne. Une nouvelle voisine est arrivée à ma droite. Rachel (son prénom occidentalisé), une jeune chinoise sympathique, professeur de mandarin à Vientiane, et qui parle un anglais parfait. Nous lui proposons de se joindre à nous, ce qu’elle accepte.

L’endroit est agréable et la carte alléchante. Je me laisse tenter par des spaghettis bolognaises dont Jonathan m’a vanté la qualité. Nos bières n’ont même pas le temps d’arriver que nous voyons Mit arriver en courant, essoufflé, l’air catastrophé. Il s’excuse de nous interrompre et demande à moi et à Rachel s’il peut nous parler en privé.

Je suis très intriguée de ce qu’il peut avoir de si urgent à nous dire. Ils nous demande alors si nous sommes étions sur le balcon aujourd’hui, et si nous avons vu quelqu’un entrer dans les chambres. Je lui dis que je n’ai pas souvenir d’avoir vu quoi que ce soit d’inquiétant, mais lui demande évidemment la raison de cette question. Je le sens vraiment ému et catastrophé. Il nous explique : une femme – une norvégienne arrivée ce midi – déclare qu’elle s’est faite voler 300 euros dans son sac, dans sa chambre pourtant fermée à clé ! Ça semble incroyable ! Mit me demande alors si je peux l’accompagner jusqu’à la Guesthouse, pour expliquer à cette femme, et à la police, que je n’ai vu personne à l’étage entrer dans la chambre cette après-midi. Ils nous demande d’être discrètes et de ne pas en parler. Il est terriblement affecté et au bord des larmes. Il me dit que depuis l’ouverture de la Guesthouse il y a 5 ans, c’est la première fois qu’une telle chose se produit.

J’explique donc à mes compagnons surpris que je les quitte et espère revenir très vite. Je monte derrière Mit sur son scooter, et nous retournons à la Guesthouse.

La femme est avec la mère de Mit, accablée elle aussi. Un jeune homme est là aussi. C’est le policier qui connaît bien la famille évidemment étant donné la taille du village. Une évidence  me frappe en voyant la femme en question : elle a le visage bouffi, les yeux humides et le regard d’une alcoolique. Sans aucun doute possible. De plus son haleine est chargée d’alcool. Tout dans son attitude me met en alerte : cette femme n’est pas nette ! Elle ne semble même pas en colère.

Le policier nous demande de monter jusqu’à la chambre qu’elle explique comment les choses se sont passées. Elle raconte alors que, lorsqu’elle est revenue dans sa chambre après être allée boire une bière au village, puis s’être promenée tout l’après-midi, elle aurait tout de suite vu qu’on avait touché à son sac à dos ; la pochette plastique dans laquelle elle range son argent dépassait. Elle aurait alors vérifié et constaté que, sur les 610 euros en espèces, il n’en restait que 310. Pour preuve, elle montre un papier sur lequel elle note à chaque fois qu’elle prend de l’argent ce qu’il reste dans le sachet. Le papier indique 610€ mais il n’y a plus que 310 euros… Et alors ?

Ce qui est aussi très surprenant c’est que Mit explique que, dès qu’elle est arrivée, elle a demandé si c’était risqué de laisser de l’argent dans la chambre. Il lui a répondu que non, mais que si elle était inquiète, elle pouvait laisser ses objets de valeurs en bas, dans leur maison familiale où il y a toujours quelqu’un. Or elle dit que comme il l’a rassurée, elle a finalement décidé de tout laisser dans sa chambre. Vraiment très étrange. D’autant plus que, restée sur le balcon ou dans ma chambre la majeure partie de l’après-midi, je n’ai vu strictement personne. En fait, sa seule insistance est de demander au policier de faire un rapport, et lui en donner une copie pour son assurance… tiens donc… Tout ça est plus que suspect et je mets ma main à couper qu’on ne lui a rien volé du tout. Ça semble tellement gros. Et le voleur qui se serait servi sans prendre la peine de remettre les choses en place correctement n’aurait pris « que » 300 € sur les 600. Lorsque j’explique à la femme que je suis là depuis une semaine, que je laisse toutes mes affaires apparentes dans ma chambre. Qu’avant-hier j’ai même oublié mon appareil-photo sur la table du balcon une bonne partie de l’après-midi, et que je l’ai retrouvé à mon retour. Et surtout que personne n’est venu cet après-midi. Elle rétorque alors que nous sommes amis et que c’est donc normal que je prenne la défense des propriétaires ! Un comble ! Je lui explique que, comme elle, je ne suis qu’une cliente. Mais qu’effectivement cette famille a toute ma confiance. (La serrure étant intacte alors que la porte était fermée à clé, seule la famille aurait pu entrer dans la chambre. Ils n’ont pas de personnel).

Tout ça sent l’arnaque à plein nez. Mais Mit et ses parents n’émettent aucun doute devant elle, et restent très mesurés, même s’ils sont profondément affectés par cette histoire. Le policier prend la déposition dans une sorte de registre « main courante » et lui demande de passer au bureau demain matin pour finaliser la plainte. Elle demande si c’est obligatoire ; ça ne l’arrange pas car elle a réservé une sortie ! Il lui répond sèchement qu’elle n’a pas le choix. À moi, il me demande également de déposer dans le registre en racontant que j’étais là et n’ai rien vu de suspect. Un témoignage pour attester que je n’ai rien vu : pas commun !
Et pour finir, elle a réservé 4 nuits ici et n’envisage pas de changer d’hébergement : il me semble que dans pareil cas, ma première réaction serait évidemment de faire un scandale, et d’aller loger ailleurs !

Après cet intermède contrariant, Mit me ramène en scooter au restaurant. Je le rassure de mon mieux en lui disant qu’il n’est responsable de rien. Il m’avoue, gêné, qu’il pense aussi qu’elle est malhonnête. Il repart du restaurant avec Rachel, qui du coup a eu le temps de finir de manger, pour qu’elle aussi témoigne puisqu’elle aussi est restée sur le balcon une partie de l’après-midi.

Je bois enfin ma bière, et me régale des spaghettis bolognaises qui tiennent leurs promesses. (le patron avait attendu mon retour pour me servir chaud)

Quelle soirée ! Je raconte l’histoire à la tablée sans aucune crainte pour leur opinion sur la Guesthouse. Rachel elle n’en a pas dit un mot, comme Mit l’avait demandé. Tout le monde était donc très intrigué par mon absence prolongée.

Demain, Patricia et Hervé, et moi avons prévu de prendre le bateau de 11h30 pour Muong Ngoi. Nous  y passerons 2 nuits avant de revenir à Nong Khiaw.

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