Jour 16 à 17 : Fin de la première étape

Samedi 25 février :

Le séjour indien touche à sa fin, il est temps de faire nos derniers achats, payer la note de notre hébergement, dire au-revoir à nos amis.

Nous avons passé 9 nuits dans les chambres avec balcon côté mer du roof top, 3 nuits dans des chambres plus petites, sans balcon ni même fenêtre pouvant ouvrir sur l’extérieur, plus sombres et tristounettes, mais dès que la place s’est libérée à notre retour de Pondichéry, Lingesh nous a attribué la meilleure chambre de toutes sans doute : la plus grande des 3 chambres du roof-top où  nous avons pu dormir à 3 avec l’ajout d’un matelas. Jusqu’au bout nous avons profité du balcon terrasse, et de cette vue imprenable sur la plage des pêcheurs où il y a toujours quelque chose à observer. Nous avons même eu la chance de voir des dauphins au loin.

Je ne vous ai pas tout raconté, même si j’ai déjà été très bavarde. Je ne vous ai par exemple pas parlé de cette façon particulière qu’ont les indiens de dire qu’ils sont d’accord, en hochant la tête de droite à gauche, avec une moue pas forcément souriante qu’on a instinctivement tendance à interpréter comme un refus. C’est souvent déroutant pour nous. Le mouvement est très harmonieux, et certains ont une façon particulièrement gracieuse de le faire. Nous avons beau nous entraîner, impossible de le reproduire.

Je ne vous ai pas dit qu’en Inde, il faut se déchausser avant d’entrer dans une maison, ou un magasin, mais pas à la poste, ni dans certains supermarchés. Il m’est arrivé une fois ou deux d’oublier, on est très vite rappelé à l’ordre, et le regard dans ces cas-là n’est pas toujours bienveillant.

Je ne vous ai parlé des 4 ou 5 mots du quotidien en tamoul que nous avons appris et utilisons régulièrement : Vanakam (bonjour) Nandri (merci) Bodum (assez/je n’en veux plus) Polama (on y va ? à quoi il faut répondre Polam… C’est un début, il faudra que je revienne pour enrichir mon vocabulaire.

Je ne vous ai pas parlé de cette jeune fille gipsy avec son bébé, que nous voyons tous les jours et avec qui nous avons noué une relation amicale. Elle se débrouille très bien en anglais et vient discuter avec nous dès qu’elle nous voit. Elle est jolie, souriante, toujours de très bonne humeur. Elle me parait très très jeune, elle a 20 ans et un adorable bébé d’un an qu’elle transporte en permanence dans les bras ou en écharpe quand elle l’allaite. Alors qu’elle est déjà chargée de tout son barda : les breloques qu’elle vend sur la plage et dans les rues de Mamalla. Le premier jour elle nous avait abordées en insistant un peu. Nous lui avions alors bien expliqué que nous n’achèterions rien avant le dernier jour. Elle a compris et n’a plus jamais cherché à nous vendre quoi que ce soit. Nous faisant même des petits cadeaux. Nous attendrons le vendredi pour lui acheter des colliers et bracelets.

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Nous avons fait imprimer les photos des habitants de Mamallapuram que j’ai prises au hasard de nos promenades et rencontres. Nous faisons donc la tournée pour les leur donner. Tout le monde est ravi. Les enfants se précipitent chez eux avec nos photos comme autant de trésors. Quand nous croisons les gipsy ce soir, le bébé de notre amie est dans les bras d’une autre jeune fille qui veut que nous lui donnions les photos pour elle puisque c’est sa sœur. Nous lui expliquons que nous voulons la voir pour lui dire au-revoir et lui donner nous-mêmes. Son petit frère qui est là aussi nous fait comprendre quelque chose se rapportant aux cheveux, mais nous dit qu’il va la chercher. Nous supposons qu’elle est en train de se laver les cheveux. Dès que nous la voyons enfin arriver, son air triste nous saute aux yeux. Elle s’approche, elle a une écharpe sur la tête, et ce regard… accablé, d’une tristesse infinie. Elle enlève alors un pan de foulard et nous montre son crâne chauve ! Elle nous répète « my long hair, my beautiful long hair…» d’une voix infiniment chagrine. Nous savons que régulièrement, lors d’occasions particulières les femmes se tondent et donnent leurs cheveux en offrande au temple. Ce sont souvent les femmes de plusieurs générations qui font ça en même temps : mère et filles par exemple. Ainsi dans Mamalla nous croisons régulièrement quelques femmes aux cheveux très très courts, ainsi que leurs fillettes. Mais cela ne les rend pas tristes, au contraire, c’est une fierté pour elles. Or visiblement ce n’est pas de ça qu’il s’agit pour la petite gipsy. Elle sort même sa chevelure d’un sac qu’elle porte en bandoulière en nous répétant, « regardez mes beaux cheveux, c’est fini… ». Nous lui demandons pourquoi, elle nous répond juste qu’elle s’est battue. Nous n’en saurons pas plus mais elle a donc visiblement été tondue. Nous lui donnons nos photos, dont certaines prises justement la veille. Elle les regarde longuement une par une, et s’isole même un peu plus loin pour les regarder encore, en détail, et les range jalousement. Cette histoire nous chamboule. Nous essayons tant bien que mal de la consoler, lui disant qu’elle est toujours aussi jolie. Je lui dis même que j’étais comme elle il y a 4 ans et que ça repousse vite… Nous avons aussi la crainte d’être à l’origine de conflit qu’elle aurait eu avec sa famille. Tous les gipsy veulent qu’on leur achète des choses depuis le début, mais c’est seulement à elle et à Priya et son mari que Léti connaissait déjà que nous avons acheté. Malgré l’insistance de tous nous avons tenu bon. Nous nous demandons sincèrement si ce n’est pas un tort de mettre de l’affectif avec ces gipsy, qui sont un peu au ban de la société comme le sont les roms chez nous, et dont le mode de fonctionnement n’est pas du tout le nôtre. Quelles sont les règles qui régissent leurs vies ? Nous n’aurons pas la réponse à nos questions mais cette histoire nous travaille et nous attriste.

Dimanche 26 février :

Le jour du départ est arrivé. La mission du jour est de réussir à faire rentrer tout notre bazar dans nos valises sans dépasser les 22 kg autorisés par bagage (2 par personne en soute et 1 en cabine). Sylvie a une énorme valise, la mienne contenant les affaires qui ne continuent pas le voyage avec moi et mes achats, ainsi qu’un sac à dos en cabine, et Léti une grosse valise, une plus petite que j’ai achetée sur place pensant que je ne réussirais pas à tout mettre dans la mienne, et un sac à dos en cabine. Après avoir rationnalisé l’espace au maximum, je réussis à tout caser dans ma petite valise. Les filles font au mieux de leur côté mais une évidence s’impose : tout ne rentrera pas ! Je propose donc d’aller échanger ma valise achetée la veille contre une plus grande. L’idée est acceptée et je retourne voir le commerçant qui accepte l’échange sans sourciller. Ouf ! Sylvie et Léti repartent donc avec plus de 100 kg de bagages à 2. Bel exploit ! Moi je repars avec mon sac à dos un peu plus chargé quand même qu’en arrivant. Je suis au-dessus des 9 kg que je m’étais fixés mais tant pis…

Lingesh passe nous voir et nous dit qu’après manger, il faut qu’on passe à la maison pour une surprise. Finalement nous avons passé tellement de temps sur nos bagages que c’est avant d’aller déjeuner que nous y allons. En fait, c’est l’anniversaire des 10 ans de mariage de Lingesh et Kalé et ils ont prévu un beau gâteau : une forêt noire. Ils soufflent leurs bougies. Nous commençons donc par le dessert.

Puis nous allons déjeuner à l’AnandaBavan, notre cantine habituelle. C’est dimanche et il y a un monde fou. Nous mangeons avec un lance-pierre, et n’avons même pas les plats que nous avons commandés. Le taxi vient nous chercher à 15h et c’est au pas de course que nous rentrons à la Guesthouse alors que nous sommes déjà en retard.

Le chauffeur charge nos bagages, impressionné par la quantité. Nous lui demandons de nous prendre directement chez Lingesh et sa famille pour leur dire au-revoir. Les adieux sont chaleureux et émouvants. C’est la gorge très serrée que nous montons en voiture.

Et voilà, en faisant le chemin inverse il y a 17 jours, pas un instant je n’imaginais ce qui m’attendais, ni à quel point je m’acclimaterais vite à ce pays si singulier. Mais il est vrai qu’arriver à Mamallapuram, dans le contexte bien particulier de l’amitié entre Léti et plusieurs habitants a facilité et accéléré les choses. C’est une réelle chance que nous avons eue.

Moins de 2 heures plus tard nous sommes à l’aéroport de Chennai. Nous ne sommes pas certaines de pouvoir rester ensemble puisque j’embarque moi pour Bangkok. Contrôle des billets et passeport dès l’entrée dans l’aéroport (seuls les voyageurs peuvent y pénétrer). Les agents sont surpris que je ne parte pas à Paris comme les filles, mais acceptent que je rentre par la même porte. Leur vol est à 20H30, le mien à 22H30. Gwen et sa famille doivent arriver un peu plus tard, leur vol est à 21H 30. Le temps d’un thé et d’un petit tour dans les boutiques de l’aéroport, nous les retrouvons. Etrange de voir tout le monde habillé en pull et pantalons, les pieds enfermés dans des chaussures d’hiver.

Un dernier selfie avec les filles, et nous nous disons au-revoir. Une boule me monte à la gorge. Je savais que ce moment serait délicat pour moi. Non seulement c’est la fin d’une aventure partagée, mais c’est le début d’une autre que je vais vivre seule. Mélange de tristesse et d’inquiétude quand même. C’est vraiment l’Aventure avec un grand A qui commence pour moi…

Une heure après c’est à mon tour d’enregistrer mon sac et de me rendre en salle d’embarquement, j’y retrouve avec plaisir Gwen et sa famille (comprenez Gwen, Olivier son mari, Lucienne et Ferdinand, leurs enfants, et Janine et Claude, parents d’Olivier). Quand vient leur tour d’embarquer je les accompagne jusqu’à la porte.

Et voilà, je suis maintenant seule avec mon sac-à-dos !

 

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