Jour 95 à 97 : Envoûtée par le Delta du Mékong

Vendredi 12 mai :

Et voilà, après 2 mois passés dans ce pays qui m’a vraiment charmée, il est temps de quitter le Cambodge. Mon visa expire aujourd’hui. Bilan très positif de ces 2 mois. De belles rencontres, des cambodgiens plus gentils les uns que les autres. Qui aiment rire, s’amuser, faire la fête. Qui écoutent de la musique à fond tout le temps et partout. Un peu naïfs ; il y a quelque chose de très enfantin dans leurs attitudes, leurs réflexions, leurs croyances. Très serviables, toujours prêts à rendre service. Ils aiment le kitch, les fleurs artificielles, les couleurs et les motifs pas du tout assortis. Les femmes portent des pyjamas fleuris pour sortir. Des chapeaux improbables. Les hommes remontent leurs tee-shirts sous la poitrine quand ils ont chaud. Ils aiment le karaoké et braillent dans leur micro même si c’est complètement faux. Ils écoutent en boucle les mêmes chansons pop. Ils mangent du matin au soir. Se lèvent à l’aube, se couchent tôt, mais font des siestes n’importe où et à n’importe quelle heure. Il y quelque chose d’indolent en eux. Une nonchalance permanente, ils semblent souvent oisifs. Ils ne marchent jamais à pied, prennent le scooter ou le vélo même pour parcourir quelques dizaines de mètres. Les enfants ont toujours des vélos 2 fois trop grands pour eux, ils pédalent en restant debout. Ils interpellent d’un « Hello » tous les blancs qu’ils voient passer.

Et tout ça m’a plu…

C’est maintenant au Vietnam que je vais continuer l’aventure. Et ça commence à 9h avec le mini-van qui vient me chercher. 7 heures de route sont prévues jusqu’à Can Tho, une assez grande ville dans le delta du Mékong, célèbre pour ses marchés flottants.

IMG_7395 En fait de 7 heures, nous en mettrons plus de 9. Au passage de la frontière, la petite entourloupe qui va bien nous déleste de 2$ chacun : juste avant de passer le poste de sortie du Cambodge, une charmante jeune fille monte à bord et nous explique que nous devons payer 1$ par porte (entrée et sortie), ce qui nous autorise à rester dans le bus. Si nous ne voulons pas payer, nous devrons aller à pied, et porter nos bagages. Ma nuit a été courte, j’ai une grosse flemme, je lâche donc les 2$ même si j’ai conscience de l’arnaque. Nouvelle tentative de bakchich à l’entrée au Vietnam cette fois, où la fille nous dirige d’office vers le bureau de quarantaine. Là on nous fait remplir un questionnaire médical, puis on nous demande 1$ chacun. Pour le principe je refuse. Je sais qu’il n’y a aucune raison officielle pour payer. Le type derrière son guichet et la fille insistent un peu, je tiens bon en lui disant que je lui ai déjà lâché 2$ sans vraie raison. Comme par miracle elle me dit alors que je peux passer…

Une fois nos passeports récupérés avec nos visas, on reprend la route. Nous voici donc au Vietnam. Changement notable immédiat : les chapeaux. Tous portent le fameux chapeau en paille de riz. Et la propreté des routes et des bas-côtés.

La différence avec le Cambodge est flagrante. Le Cambodge est vraiment très sale, avec des détritus absolument partout. Les cambodgiens n’ont strictement aucune éducation au respect de la nature. Et comme ils utilisent énormément de plastique et polystyrène – notamment pour toute la nourriture en take-away, systématiquement sur-emballée – on trouve ces déchets partout. Les seuls choses auxquelles ils font à peu près attention ce sont les canettes en métal et les bouteilles plastiques, parce qu’elles peuvent être collectées et revendues. Sinon, ils jettent absolument tout, n’importe où, y compris dans les rivières, surtout dans les rivières. JP m’a ainsi raconté que quand ils sont arrivés sur leur terrain, il était envahi de déchets. Une de leurs premières actions a donc été de ramasser ces ordures. De bonne volonté les voisins ont aidé. Alors que c’était quasiment terminé, ils ont dit à JP qu’il pouvait aller se reposer et qu’ils termineraient. Quand il s’est réveillé, ils avaient jeté le contenu de tous les sacs poubelles à la rivière, très satisfaits d’eux-mêmes… Le terrain était propre ! Parfois, ils nettoient au moins leurs propres terrains, et brûlent les détritus devant leur maison. Mais rien n’est organisé, ni collecte, ni recyclage, ni déchetterie, ni incinération. C’est sans doute un des grands chantiers des années futures pour ce pays. Mais il y a du boulot ! Il faudra sans doute commencer par éduquer les enfants. Quand j’étais à la Poeuy Rural School, avec les autres volontaires, nous avons essayé de lutter contre leur habitude de jeter leurs ordures n’importe où, y compris dans les salles de classe. Ça a semblé marcher un peu, mais très souvent, alors que nous leur faisions ramasser un déchet qu’ils venaient de jeter en leur demandant de le mettre à la poubelle, ils allaient très naturellement le jeter par-dessus le grillage, dans le champ du voisin. Ça a été une lutte de tous les instants mais on avait vraiment la sensation qu’ils ne comprennent pas du tout en quoi c’est un problème. Les détritus font partie de leur décor sans que ça les gêne. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai pris des photos, pour me rendre compte après coup que le premier plan était quasiment une décharge. Le pire c’est que nous aussi on arrive presque à ne plus y faire attention parfois tellement c’est le décor habituel. (et là vous vous demandez « mais pourquoi a-t-elle tant aimé le Cambodge alors ? »)

Bref, les Vietnamiens sont donc visiblement mieux éduqués de ce point de vue et c’est bien agréable. Après des arrêts fréquents pour embarquer de nouveaux passagers, ou au contraire en déposer, nous faisons une longue pause d’une heure à l’heure du repas, alors qu’une pluie violente s’est mise à tomber. C’est aussi là que les passagers sont dispatchés selon leur destination finale. Pour Can Tho, c’est à bord d’un gros bus que nous allons continuer le trajet. Le bus est plein à craquer et des passagers sont même assis sur des tabourets en plastique dans l’allée centrale. Il n’y a que des vietnamiens hormis deux jeunes français et moi. La route est très mauvaise et le bus ne dépasse quasiment jamais les 40 km/h. Le trajet me semble interminable. Lors d’un énième arrêt, des vendeurs de nourriture montent carrément à bord pour nous proposer à manger.

Les vietnamiens en achètent quasiment tous. C’est alors un mélange d’odeurs assez incroyable dans le bus. Dire que chez nous on n’a souvent même pas le droit de manger dans les cars…

Enfin au bout de plus de 9 heures de route, alors que la nuit est tombée mais que, heureusement, la pluie s’est enfin arrêtée de tomber, nous arrivons à la gare routière de Can Tho. Je sais qu’il n’y a pas de tuk-tuks au Vietnam, ce sont donc les chauffeurs de taxis qui se précipitent vers nous. Je montre l’adresse de ma guesthouse à l’un et lui demande le prix, exorbitant ! Je demande donc à la ronde s’il n’y a pas de moto-dop. Il y en a quelques-unes, et, une fois de plus c’est en passagère d’une moto que je traverse la ville, en serrant les fesses. Il y a des scooters absolument partout et il ne semble y avoir aucun code de la route. Dans la nuit, je n’en mène pas large. Il est assez tard quand j’arrive dans ma chambre, et j’ai vraiment la flemme de ressortir dîner. Heureusement, j’ai dans mon sac un bol de nouilles japonaises déshydratées, ça sera parfait pour ce soir. Ma chambre est spacieuse, avec une télé écran plat, un petit salon, et une baignoire dans la salle de bain. Quel luxe !

Samedi 13 mai :

Après une super nuit et une grasse matinée, je pars en ville. J’aime beaucoup les ruelles autour de la guesthouse. Même si la ville est grande, et animée, il n’y a pas l’effervescence d’une grande ville. Je m’y balade tranquillement.

La traversée des rues s’avère périlleuse, je privilégie donc les passages aux feux tricolores. Je fais les magasins et je passe même un peu de temps dans un centre commercial. Je constate que les prix ici sont très très bas. Encore plus qu’au Cambodge comme on me l’avait dit. Je me fais violence pour ne pas m’acheter 2 ou 3 robes. Il y en a une notamment que je me verrais bien mettre pour une occasion particulière à mon retour… Mais non, mauvaise idée, encore 5 mois à trimballer ma maison sur le dos, donc ma garde-robe !

Quand je ressors, mauvaise surprise, il pleut des cordes (je crois qu’il faut vraiment que je m’habitue). Je meurs de faim et ça n’a pas l’air d’être juste une averse passagère. Et c’est comme ça que je me retrouve attablée au seul restaurant de ce grand magasin : un KFC ! Moi qui n’y ai jamais mis les pieds en France, c’est un comble. Je me nourris donc de poulet frit et de frites dégueu… Heureusement il y a du wifi. Une bonne heure avant que la pluie se calme et que je puisse reprendre ma déambulation. Je me dirige vers l’embarcadère sur le fleuve

En arrivant à ma guesthouse hier, j’ai demandé les tarifs pour faire une balade en barque sur le fleuve jusqu’aux marchés flottants. Le prix annoncé est vraiment trop élevé pour moi seule. Mais a priori, ils n’ont pas d’autres clients intéressés. Toujours la même histoire, tarif 50% plus cher pour une personne seule. Grrrr !

Arrivée sur place, une femme m’accoste et  me demande si je veux aller aux marchés flottants en barque le lendemain. Et comment ! Après quelques minutes de discussion, nous tombons d’accord sur un prix 2 fois moins élevé qu’à la guesthouse (qui passe par des circuits « officiels ») pour le même tour et la même durée. Je verse un acompte, et elle me propose même qu’une moto dop vienne me chercher à ma guesthouse. Rendez-vous à 5H15 demain matin.

Avant de rentrer et d’essayer de me coucher tôt, je me promène le long du fleuve où il règne une ambiance de vacances, avec des touristes cambodgiens visiblement là pour le week-end.

Je m’achète de quoi dîner dans la rue. Je n’ai que l’embarras du choix.

Il y a des stands de rue absolument partout, sans compter les marchands ambulants qui viennent à nous. Je choisis un peu au hasard, et vais m’installer sur un banc pour manger. Tout est délicieux. Notamment des grosses brochettes de gambas frites dans une pâte qui a la texture d’une farce.  Sur le chemin du retour, je m’attarde un peu dans le marché de nuit qui vient de s’installer. La ville est illuminé comme en période de fêtes de fin d’année chez nous.

Dimanche 14 mai :

Ça pique un peu quand mon réveil sonne en pleine nuit à 4h30, d’autant que je ne me suis finalement pas vraiment couchée tôt. Mais c’est pour la bonne cause. Je prends un petit déjeuner dans ma chambre. A 5h15 tapantes, la moto est là. Je découvre la ville déjà bien éveillée, avec une ambiance très spéciale. Sur le pas de leur porte, des papis font de la gymnastique. Dans les parcs, on joue au badminton un peu partout. Des grands-mères font des assouplissements où des exercices sur les installations prévues un peu partout dans les parcs publics.

IMG_4645 Il y a beaucoup moins de circulation qu’en journée mais ce n’est pas le calme plat non plus. Rien à voir avec nos rues françaises à la même heure… Je trouve un charme très particulier à cette atmosphère et je me promets de renouveler l’expérience de sortir si tôt le matin. Enfin, j’aimerais… reste à voir si j’en aurais la volonté.

Arrivée au fleuve, je retrouve la femme à qui j’ai réservé. Elle me présente les 2 israéliens avec qui je vais partager la barque. Par ailleurs elle explique que ce n’est pas elle qui va nous emmener. C’est bien dommage parce qu’elle parle bien anglais. Mais c’est justement pourquoi c’est elle qui reste en ville pour aborder les touristes étrangers. Nous embarquons donc avec un homme qui, lui, ne parle pas un mot d’anglais.

IMG_4711Nous démarrons la promenade dans la superbe lumière du soleil levant.

Plusieurs barques comme la nôtre sont en route mais ce n’est pas non plus l’affluence telle que j’ai pu en lire des descriptions en haute saison touristique. Après une petite heure de navigation, nous arrivons en vue du marché flottant de Cai Rang ; sur le fleuve des dizaines de bateaux arrêtés, lourdement chargés de fruits ou de légumes, auprès desquels les barques s’approchent pour faire leurs achats.

Au milieu de tout ça, circulent des barques avec des femmes qui proposent à manger. Nous souhaitons nous arrêter pour prendre un petit-déjeuner et le faisons comprendre à notre guide. Mais il nous fait signe que nous nous arrêterons plus tard. Les barques sont manœuvrées à l’arrière à l’aide de 2 longues rames qui servent également de gouvernail.

C’est assez surprenant et esthétique cette façon de diriger et faire avancer la barque au milieu de tous ces bateaux. Parfois, il n’y a pas la place de passer, mais on pousse le voisin sur les côtés et on force le passage.

Après ce 1er marché, nous allons en voir un second, plus petit, mais moins fréquenté par les touristes. Nous y sommes quasiment les seuls. ¨

Puis nous continuons notre navigation dans les bras d’eau qui s’enfoncent vers les terres, pour arriver dans la mangrove. Là c’est une explosion de verts !

Des plantes magnifiques partout, des arbres fruitiers sur les bords (jacquiers, manguiers, citronniers, orangers…).

Des palmiers, des ficus, des plantes aquatiques et tant d’autres dont j’ignore le nom. Mais c’est somptueux. Les arbres font des arches. De temps en temps un petit pont fait avec des branches permet aux riverains d’aller d’un bord à l’autre.

Quand les canaux s’élargissent, des bacs assurent aussi la traversée. Et tout au long de l’eau, les habitants vivent en étroite proximité avec ce fleuve. Ils y lavent le linge, font la vaisselle, se lavent même.

Cette balade est vraiment fabuleuse. J’attendais beaucoup des marchés flottants, mais c’est finalement cette promenade dans la mangrove qui me subjugue totalement. Je suis envoûtée et ne sais où donner de la tête. Je prends des photos mais je sais déjà qu’elles ne restitueront jamais la majesté du décor qu’on croirait presque artificiel.

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Au bout d’une bonne heure, nous nous arrêtons sur la rive, marchons quelques dizaines de mètres le long de la berge. (c’est d’ailleurs aussi magnifique vu d’ici) et arrivons à un restaurant. On nous apporte la carte. Déception : c’est plutôt cher et pas spécialement attrayant quand nous avons salivé devant les barques du marché flottant. Nous constatons bien vite que d’autres barques comme la nôtre avec des touristes viennent au même endroit. Tous les guides se retrouvent et prennent leur petit-déjeuner ensemble. Nous commandons juste une boisson et quand nous repartons, nous insistons pour retourner au marché flottant pour y manger. Il est déjà plus de 10 heures et je suis bien contente d’avoir mangé avant de partir. Mes 2 collègues eux, ont le ventre vide et sont affamés. Nous retournons donc au plus grand des marchés et jetons notre dévolu sur la première barque-cuisine à notre vue.

IMG_4998 Nous nous approchons, la femme tire notre barque à côté de la sienne, fixe un crochet et nous demande ce que nous voulons manger. Nous commandons chacun un pho – soupe aux nouilles de riz, avec plein de légumes croquants, de la viande.

Pour patienter (tout ça est fait à la minute) la cuisinière nous offre une petite pastèque coupée en 4 à nous partager. Puis elle nous donne nos assiettes, très très généreusement remplies.

C’est délicieux. On s’installe comme on peut pour déguster. Une fois nos assiettes vides (enfin pas la mienne, je n’ai pas réussi à tout manger), nous les lui rendons et repartons. Retour à notre point de départ après 6 heures d’une navigation hors du temps et inoubliable.

Je rentre directement à la guesthouse tranquillement à pied et compte bien y faire une bonne sieste.

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2 commentaires sur « Jour 95 à 97 : Envoûtée par le Delta du Mékong »

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